Choisir où et comment on veut s’éteindre

En réaction au texte «Mourir à l’hôpital, faute de médecins dans les CHSLD», de la journaliste Élisabeth Fleury, paru le 20 décembre

Primo : les gens meurent à l’hôpital parce que quelqu’un les y envoie, point. On a peur de mourir et de voir mourir quelqu’un près de nous. On n’accepte pas que la vie a une fin. Mes grands-parents ont eu de la chance, ils sont morts de vieillesse, simplement. Les familles et les soignants des résidences publiques et privées ont le réflexe d’envoyer les mourants à l’hôpital alors que les services à domicile des CLSC ont la mission de se rendre au chevet des mourants pour leur donner les soins de confort dont ils ont besoin. Ils ont même un médecin disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Encore faut-il le savoir et avoir demandé de recevoir ces soins au lieu de soins curatifs qui ne font que prolonger l’agonie et les souffrances.

Secundo : les personnes âgées ne sont pas toutes en CHSLD et les conditions dans les résidences privées sont similaires. Bain hebdomadaire, changements de «couches» peu fréquents, roulement de personnel, bouffe, etc., sont le lot de tous, seul le montant du loyer change. C’est le manque chronique de préposés et infirmières qui cause ces situations. Mais, qui veut faire ce travail à bas salaire?

J’accompagne ma mère de 90 ans qui est en résidence privée depuis cinq ans. Son cerveau s’est éteint tranquillement. Depuis mars, elle ne parle plus, ne se déplace plus et n’a conscience de rien. Elle partage son temps entre un lit d’hôpital et un fauteuil gériatrique qu’on lui a achetés. Les préposés la déplacent entre les deux à l’aide d’un lève-personne, elle est en permanence dans sa «poche». Il lui reste le réflexe d’ouvrir la bouche quand on approche la cuillère. Fini les bains, c’est le régime de la débarbouillette.

Avant que ses pertes cognitives soient trop avancées, elle avait rempli avec son médecin la demande de niveau de soins de confort. Lorsque son cerveau a cessé d’envoyer les commandes motrices et linguistiques, l’équipe des soins palliatifs des soins à domicile du CLSC est allée l’évaluer. Lorsqu’elle sera souffrante, c’est cette équipe qui sera appelée en renfort et administrera les soins appropriés. Pas d’ambulance ni urgence, elle s’éteindra dans sa demeure actuelle et nous y serons. Sa médecin m’avait déjà expliqué que même quand de tels médicaments sont prescrits, le personnel n’ose pas donner des doses qui pourraient accélérer la fin de vie. Le choix est alors fait de faire venir l’ambulance et tout ce qui vient avec.

Comme individus, comme proches et comme soignants, on doit se poser la question du où et comment on veut s’éteindre lorsque la maladie enlève toute qualité de vie. Ce n’est pas la faute au manque de médecins si les gens vont à l’hôpital pour mourir, c’est à chacun de nous de choisir et de poser les gestes conséquents avec nos désirs. C’est souffrant d’accompagner ses parents. Maman ne voulait pas finir sa vie comme sa mère et ses soeurs, mais sa santé physique ayant toujours été bonne, on n’y peut rien et il reste à laisser la nature faire. J’espère que les médias accorderont en 2018 autant d’importance aux aînés qui vivent hors des CHSLD que ceux qui bénéficient des services publics. Ils sont nombreux et souffrent tout autant.

Marie-Dominique Rouleau, Québec