Chiens dangereux: savoir mieux traiter les plaintes

Les audiences sur le projet de loi 128, à propos des chiens dangereux, sont en cours. Les récits en sont qu’elles polarisent énormément. Êtes-vous pour ou contre les pitbulls? Êtes-vous pour ou contre l’interdiction de certaines races? Ces questions, monsieur le Ministre, auxquelles on ne peut répondre que par oui ou par non, poussent le débat dans une logique binaire, c’est blanc ou c’est noir. La Société protectrice des animaux (SPA) de Québec vous suggère humblement une autre question, que nous croyons plus propice aux échanges productifs et à la rédaction de meilleures lois: comment peut-on prévenir qu’un chien dangereux tue ou mutile une innocente victime?

Pour nous, la solution tourne davantage autour du traitement des plaintes. Dans chaque récit impliquant un chien dangereux qui a mordu gravement une personne, on entend un voisin, un membre de la famille dire «j’avais peur de ce chien-là depuis longtemps». Comment se fait-il qu’au Québec on tolère d’avoir peur d’un animal aux apparences dangereuses? Peut-être pourrions-nous sensibiliser les gens à l’importance de déposer une plainte aux autorités, quand ils craignent un animal?

Comment se fait-il que parfois des gens déposent une plainte contre un chien aux apparences dangereuses et que rien ne se produise? Selon nous, la réponse est que l’examen de comportement obligatoire est actuellement trop difficile à prescrire. Pour résumer, dans bien des villes, l’évaluation obligatoire de dangerosité d’un chien est possible seulement une fois qu’il a gravement mordu quelqu’un, et il est alors trop tard. Avant cette morsure grave, il faut être tellement capable de justifier pourquoi on veut évaluer sa dangerosité que ça devient une situation sans issue. Si on a les preuves, il est trop tard, et si on veut prévenir, il nous faut les preuves. Nous recommandons de mettre fin au cul-de-sac réglementaire. Nous croyons qu’il s’agira là d’une mesure salutaire et qui fera une grande différence. Peut-être serait-il important de rendre l’examen de dangerosité obligatoire, sur réception de plaintes, sans pour autant qu’il y ait saisie de l’animal? Du genre, «vos voisins ont peur de votre chien, vous avez une semaine pour le faire évaluer par un expert et nous montrer son rapport. Entre temps, il doit toujours être en laisse et porter une muselière lorsque vous quittez votre propriété.»

On arrive à la plus grande question. Qui va évaluer la dangerosité d’un chien dit menaçant? Au Québec, selon nous, il manque, d’une certaine façon, un corps de métier plus formel. Certains les appellent éducateurs canins, d’autres comportementalistes. Peu importe comment on les désigne, nous croyons qu’ils sont les bonnes personnes pour répondre à la question centrale: ce chien-ci est-il dangereux? Actuellement, votre projet de loi semble préconiser que ce soit les vétérinaires qui fassent cette détermination cruciale.

La SPA a énormément de respect pour les médecins vétérinaires. Ce sont des professionnels d’une grande expertise et d’une grande rigueur. Nous travaillons régulièrement avec l’Ordre des médecins vétérinaires et sommes constamment à l’écoute de leurs directives et consignes justes et éclairées. Toutefois, comme leur titre l’indique, même avec toutes ces compétences, ce sont d’abord des médecins. Nous estimons que l’évaluation de la dangerosité relève davantage de la psychologie de la bête que de sa santé physique. Les comportementalistes sont ces psychologues dont nous avons besoin.

Il est vrai que leur métier est encore méconnu et qu’il faudra encadrer ce travail, pour s’assurer qu’une attestation d’absence de danger n’est pas un simple papier sans valeur réelle. Bref, ce ne sera pas une tâche facile. Mais nous croyons sincèrement qu’elle sera bien avisée et qu’elle produira des résultats pour la sécurité publique au Québec.

Félix Tremblay
Président de la SPA de Québec