Le Monastère des Augustines, la communauté fondatrice de L’Hôtel-Dieu de Québec.
Le Monastère des Augustines, la communauté fondatrice de L’Hôtel-Dieu de Québec.

Chères Sœurs, votre cri du cœur a-t-il été entendu?

POINT DE VUE / Nous avons lu avec consternation les nombreux appels à l’aide des communautés religieuses parus dans les journaux et souhaitons exprimer notre préoccupation grandissante face à la situation vécue par les nombreuses communautés aux prises avec des éclosions de la COVID-19 dans leurs établissements. 

Notre devise est «Je me souviens», mais les avons-nous déjà oubliées, ces femmes de cœur et de tête qui ont aidé à bâtir le Québec?

En reléguant à l’oubli ce qui a fait de notre société ce qu’elle est aujourd’hui, sur quoi nous appuierons-nous pour construire l’avenir? Car le «passé» c’est aussi le vécu, la mémoire, l’expérience et la sagesse.

Il nous semble primordial aujourd’hui de revenir sur le rôle historique et fondamental des communautés religieuses du Québec, en particulier les communautés de sœurs, tant dans la construction de notre système d’éducation que de notre système de santé, fondements de notre système social. Par l’essence même de leur mission, les religieuses ont toujours pris soin des plus vulnérables et des plus démunis de la société, et fourni à des générations de Québécoises et de Québécois ces services parfois oubliés que nous redécouvrons aujourd’hui comme si essentiels.

Réelles bâtisseuses, les religieuses ont participé à la création de notre système de santé. Dès les débuts de la colonie, en 1639, les Augustines fondaient l’Hôtel Dieu de Québec qui fut suivi par l’hôpital des Ursulines à Trois-Rivières, de l’Hôtel Dieu des Hospitalières de St-Joseph à Montréal, de l’hôpital général des Sœurs Grises de Montréal, et tant d’autres hôpitaux du Québec fondés par des nombreuses communautés religieuses.

Pendant des siècles, les sœurs sont allées partout où les besoins les appelaient et ont occupé tous les rôles entourant le soin des malades : infirmières, chirurgiennes, préposées aux bénéficiaires, cuisinières, administratrices, réceptionnistes. Elles ne refusent aucun malade et ne reculent devant rien, s’occupant des personnes âgées en pertes d’autonomie, des plus démunies, des personnes atteintes de maladies mentales, ou encore des femmes et enfants victimes de violence. 

Elles seront également nombreuses, au cours du siècle dernier, à poursuivre leur travail dans des missions étrangères, apportant soins et éducation aux plus démunis dans le monde, contribuant aux efforts de développement et travaillant de concert avec les plus vulnérables afin de bâtir une société fondée sur la justice sociale. 

Fortes de leur engagement social et guidées par l’enseignement social de l’Église catholique, les sœurs poursuivent leur mission, en continuant de fonder et de s’impliquer dans de nombreuses œuvres caritatives au bénéfice des plus démunis de la société, que ce soit ici au Québec ou ailleurs dans le monde. 

Développement et Paix les a croisées et a travaillé en partenariat avec elles dans de nombreux pays du Sud où, infatigables, elles soignent, enseignent, écoutent et aident à rétablir la dignité et relever les personnes les plus oubliées de ce monde.

Nous sommes nombreuses et nombreux à être passés par leurs écoles. Pendant des décennies, elles nous ont enseigné l’entraide, le don de soi, la solidarité, et l’importance de protéger les plus démunis. Les valeurs qu’elles nous ont transmises sont les fondements mêmes de notre société, celles qui nous permettront de surmonter avec résilience, dignité et humanité les événements difficiles et parfois tragiques que nous vivons.

En ce printemps 2020, la pandémie qui nous affecte toutes et tous met en lumière les vulnérabilités qui persistent dans notre société. Elle nous rappelle également que nous faisons toutes et tous partie d’une seule et grande famille humaine, unie dans ce combat pour la vie humaine et la protection des plus vulnérables de notre société. 

Nous devons plus que jamais nous laisser inspirer et guider par ces femmes qui ont toujours eu à cœur de protéger les plus vulnérables. 

Ces héroïnes, sans jamais rien demander en retour, ont tenu nos systèmes de santé et éducatif à bout de bras pendant des siècles. Aujourd’hui, le virus est entré dans leurs résidences et elles peinent à veiller sur les leurs. Le système de santé qu’elles nous ont laissé ne les reconnaît plus. Elles font pour une rare fois appel à notre solidarité et nous demandent de les aider. Les entendrons-nous ?