Le Bloc québécois, à l'instar de la Coalition avenir Québec, ont «a volontairement mis les mains sur les oreilles des Québécois avec l’idée d’un référendum sur la souveraineté», écrit André Verville.

Chanter avec les mains sur les oreilles

POINT DE VUE / Les enfants le font, les adultes aussi parfois, quand ils ne veulent pas entendre des choses désagréables. C’est un peu ce que fait depuis quelque temps le Québec avec l’idée d’un autre référendum sur la souveraineté.

Et on dirait que ça fonctionne. Les enfants ont quelquefois des stratégies aussi simples qu’efficaces, on devrait s’en inspirer plus souvent. Le Bloc Québécois vient d’en faire la démonstration avec l’approche en rupture avec sa tradition qui a mené à son étonnant succès aux dernières élections.

C’est François Legault qui l’a compris le premier il y a un bon moment, lorsqu’il a abandonné l’idée d’une souveraineté «douce», obtenue au terme d’une campagne référendaire où pleuvent les coups bas et dont on anticipe d’avance le résultat. La Coalition avenir Québec a volontairement mis les mains sur les oreilles des Québécois avec l’idée d’un référendum sur la souveraineté. Le Bloc Québécois a emboité le pas et se surprend lui-même du résultat. Reste le Parti Québécois qui va peut-être y penser s’il réussit à se réinventer en réfléchissant en dehors de sa boite.

On doit se rendre à l’évidence: avec un record de deux échecs en moins de quinze ans, l’idée d’un nouveau référendum dans l’état actuel de la fédération canadienne nuit à la cause souverainiste. Parce qu’il y a toute une différence entre prôner la souveraineté et vouloir enclencher un référendum. La même que de souhaiter la santé à quelqu’un plutôt que de lui suggérer un traitement de chimiothérapie. Le mal doit précéder le traitement et non l’inverse et à l’évidence, le mal est encore supportable, et pour le Québec, et pour les autres provinces.

Si souveraineté du Québec il y a un jour dans un futur lointain, le référendum qui y mènera sera demandé et peut-être même exigé par tous, y compris par le reste du Canada, parce que la douleur du vivre ensemble canadien sera alors rendue trop forte. Et à ce moment, s’il arrive un jour, personne, tant au Québec que dans le reste du Canada, ne sentira plus le besoin de chanter avec les mains sur les oreilles.