«L’inflexibilité, le manque d’humanité et la vision utilitariste de l’immigration n’ont plus leur place à la tête d’un ministère dont la mission devrait plutôt être de créer des conditions favorables à l’inclusion des nouveaux arrivants [...]», estime Andrés Fontecilla. 
«L’inflexibilité, le manque d’humanité et la vision utilitariste de l’immigration n’ont plus leur place à la tête d’un ministère dont la mission devrait plutôt être de créer des conditions favorables à l’inclusion des nouveaux arrivants [...]», estime Andrés Fontecilla. 

«Changer le ton» en Immigration: lettre à Nadine Girault 

POINT DE VUE / Madame la ministre, permettez-moi d’abord de vous féliciter pour votre nomination à titre de ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration. J’ai bon espoir que votre arrivée en poste marquera un changement de ton longtemps espéré au ministère de l’Immigration. 

L’inflexibilité, le manque d’humanité et la vision utilitariste de l’immigration n’ont plus leur place à la tête d’un ministère dont la mission devrait plutôt être de créer des conditions favorables à l’inclusion des nouveaux arrivants et de leur permettre de contribuer non seulement à répondre aux besoins à court terme du marché de l’emploi, mais aussi, et surtout, à la culture et au tissu social du Québec.

Vous qui êtes également ministre des Relations internationales et de la Francophonie, vous n’êtes pas sans savoir que l’annulation unilatérale par le gouvernement de près de 15 000 dossiers d’immigration, l’imposition d’un test des valeurs qui n’a de québécois que le nom, ainsi que les propositions désastreuses de réforme du Programme de l’expérience québécoise ont porté plusieurs coups durs à la réputation du Québec à l’international, tant auprès des futurs étudiants que des travailleurs qui projettent de s’installer chez nous.

Alors que les ministères des Relations internationales, de l’Éducation ou de la Santé déploient à longueur d’année des missions à l’étranger pour attirer les meilleurs candidats étudiants et travailleurs, le ministère de l’Immigration semble curieusement travailler en sens inverse en mettant en place des réformes qui ne font que rendre le Québec de moins en moins attractif pour les personnes immigrantes.

En allongeant les délais de traitement des demandes d’immigration, en rendant l’accès à la résidence permanente pratiquement impossible pour les travailleurs de plusieurs catégories d’emploi où, ironiquement, les besoins de main-d’œuvre sont criants, en reniant les promesses de droits acquis faites aux étudiants étrangers et plus largement, en reniant la promesse faite à tous les étudiants et travailleurs recrutés à l’international – celle d’un Québec ouvert, inclusif et où on peut y bâtir sa vie – votre prédécesseur a envoyé un bien mauvais message : immigrer au Québec est un processus complètement imprévisible.

Heureusement, il est encore temps de corriger le tir. Dimanche, la nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pourrait entrer en vigueur. Deux fois plutôt qu’une, cette réforme a provoqué une levée de boucliers généralisée : les PME, les travailleurs, les syndicats, les étudiants, les universités, les centres de services, les organismes au service des personnes immigrantes, les avocats en droit de l’immigration et les partis d’opposition se sont tous prononcés contre cette réforme jugée contre-productive. Mais envers et contre tous, votre prédécesseur a préféré ignorer les critiques, fidèle à son habitude.

Votre arrivée à la tête du MIFI doit marquer plus qu’un changement de garde : c’est d’un changement de ton dont nous avons besoin. Je vous demande donc de poser un premier geste fort comme nouvelle ministre de l’Immigration, et de retirer dès maintenant la réforme du PEQ proposée par votre prédécesseur afin de prendre le temps nécessaire pour en contempler l’ampleur et les conséquences. Comme le veut l’adage maintes fois répété par votre gouvernement au fil des derniers mois, il vaut mieux prévenir que guérir.

Mais le PEQ n’est qu’un des nombreux dossiers sur lesquels j’espère travailler avec vous au cours des prochains mois. Les délais de traitement désespérément longs des demandes de CSQ, toutes catégories d’immigration confondues, les nombreux ratés du programme de parrainage de réfugiés, mais aussi la régularisation des statuts des travailleuses et des travailleurs des services essentiels, entre autres choses, sont autant de dossiers qui devront être pilotés avec ouverture, collaboration et humanité.

J’ai la conviction que vous serez à la hauteur de ces grands défis.