C’est le Parti Québécois qui a tué le PQ

Voici un texte que j’avais écrit le 26 août 2011 :

«Personne n’a tué le PQ. Le PQ s’est tué lui-même. Il a accumulé, au fil des années, tous les ingrédients pour le mener au suicide politique, à une mort certaine, inévitable, bien calculée.

Lentement, progressivement, il a abandonné son âme. Qui plus est, il a même vendu son âme au plus offrant; il a vendu son idéal pour un plat de lentilles; il a tergiversé, reculé, démotivé, rejeté, démobilisé les troupes. Il a accepté dans ses rangs des carriéristes, des opportunistes, des illusionnistes.

Il a joué sur plusieurs tableaux à la fois sans jamais se décider à prendre le bon, le vrai, l’unique qui lui aurait permis, non pas de faire mieux, mais de faire autrement. Il a méprisé les meilleurs, les batailleurs, les combattants visière levée et il a écouté les «mièvreux», les mielleux, les caméléons, les doubles visages, les sans épines dorsales.

L’indépendance était le moteur de son action politique. Lentement, il en a fait une remorque fourre-tout, un poids lourd encombrant, allant jusqu’à s’en délester momentanément afin de s’emparer du pouvoir. Le maudit pouvoir!

L’indépendance s’est mutée en gouvernance souverainiste, en feuille de route imprécise et floue, en slogans aguicheurs, en propagandes et publicités trompeuses, en plans volontairement imprécis.

Devant la débâcle inévitable, les consultations et les tournées en mode d’écoute ont pris le haut du pavé espérant retrouver ce qu’il a lui-même évacué : la cause qui fait l’unité. Le PQ des origines était près du peuple et sculpté par et dans le peuple. Le PQ était dans les salles bondées, enfumées, enthousiastes et enflammées lors de sa fondation. Il était fonceur, parleur, cimenté autour d’une idée, d’un rêve, d’une réalité en devenir : l’indépendance du Québec.

Au fil des ans, usé, infiltré, désorienté, il a abandonné et est devenu muet, désarticulé, désuni, fragmenté. Le PQ n’est plus le PQ. Il s’est tué lui-même. Il s’est donné la mort en s’emmitouflant dans les langes de la facilité. Il était né pour la liberté. Il meurt dans l’abandon et la désaffection généralisée.

Nestor Turcotte, Matane