Ce silence qui peut tuer...

POINT DE VUE / En réaction à la chronique «Loi du silence et de l’indifférence» écrite par la journaliste Brigitte Breton et parue dans Le Soleil le 3 juillet

Bien des dramaturges avant moi ont écrit sur le silence et ses sous-thèmes: l’indifférence, le mensonge et la complicité conséquente. Tennessee Williams me vient aussitôt en tête avec La Chatte Sur Un Toit Brûlant (1955), pièce sur l’homosexualité et son aspect tabou d’alors. Soit qu’on l’ignorait tout bonnement, soit qu’on le voulait tel; du pareil au même.

En 2019, ce sont d’autres enjeux de société qu’on préfère passer sous silence: l’intimidation (dont je parle souvent), la santé mentale, la maltraitance des plus vulnérables. À savoir, les plus âgés et les enfants. Le drame de Granby, d’abord; puis, le rapport sur les familles d’accueil en Mauricie (que Brigitte Breton a évoqué); et celui des événements du 30 avril dernier.

Mme Breton a vu juste en pointant le haussement d’épaules que ces crimes engendrent chez les plus blasés, qui accusent les scribes de cultiver le négatif en cherchant toujours la petite bête noire, et qui aiment mieux se dilater la rate avec des «jokes de mononcle». Les années de ce cher Tennessee sont-elles réellement révolues? Voire!

On veut noyer le poisson de toutes les façons. En achetant du temps. Et le silence. Or, celui-ci peut tuer! Farfelue et alarmiste, dites-vous? Je n’invente rien, le Centre de Prévention du Suicide le dit: «Le suicide tue... le silence aussi!» Et tous ceux qui l’imposent, sciemment ou non, se rendent coupables de tentative de meurtre! Rien de moins.

Quant à l’indifférence qui en découle, elle résulte également d’une forme d’intimidation ressentie à la seule idée de s’y ouvrir, pour toute sorte de raisons. Cela dit, merci d’avoir osé briser cette omerta, Mme Breton.