Vision étroite de la science

En réaction au Point de vue «En urbanisme, les conditions de laboratoire n’existent pas» de M. André Verville paru le 13 novembre

Ainsi, selon M. André Verville, les arguments des opposants au 3e lien seraient tout sauf scientifiques. La conception de la science sur laquelle s’appuie M. Verville s’applique bien aux domaines des sciences expérimentales (chimie, physique, biologie), mais très mal au vaste champ des sciences sociales et humaines. À titre d’exemple, selon la conception de la science de M. Verville, l’étude d’une population autochtone de l’Amazonie ne pourrait être scientifique, car on ne pourrait mettre cette population sous cloche de verre et procéder à des expérimentations sur celle-ci. Autrement dit, l’anthropologie ne serait pas une science, ni aucune des disciplines des sciences humaines et sociales.

Cette conception étroite de la science, qui se définirait essentiellement par sa méthode, a été largement contestée au cours du 20e siècle (p.ex. Paul Feyerabend, Contre la méthode, 1975). Il n’y a pas de consensus sur des critères absolus de scientificité, mais le but de la science étant la compréhension objective du monde qui nous entoure, les méthodes heuristiques autres que la méthode expérimentale sont généralement considérées scientifiques si elles sont basées sur des observations objectives et des raisonnements logiques et rigoureux. Je pense que c’est le cas des arguments contre le 3e lien.

Par ailleurs, d’où vient le constat que les opposants ignorent volontairement les liens de causalité issus de la démographie, de l’économie et des changements sociaux et technologiques? Il me semble qu’au contraire, ces points sont au cœur même des arguments contre ce 3e lien, dont la pertinence n’a toujours pas été démontrée. Enfin, selon la logique même de M. Verville, les arguments en faveur du troisième lien ne pourraient qu’être eux aussi tout, sauf scientifiques, puisque la question se situe hors du champ de la science expérimentale. Ce raisonnement conduit donc à un match nul. Espérons simplement que la raison prédomine dans ce dossier et que la décision finale soit basée sur celle-ci plutôt que sur toute autre considération.

Jean Painchaud, Ph.D.

Québec