Une lâcheté collective

Le 14 décembre 2000, l’Assemblée nationale du Québec, sur la base d’un sous-entendu, d’un ouï-dire fallacieux, a condamné publiquement et à l’unanimité Yves Michaud, sacrifié gratuitement au délire du Parlement appelé à procéder à un harcèlement et à un lynchage téléguidé.

Depuis, l’Assemblée refuse de prendre acte de son profond égarement. Attend-elle que toutes les personnes impliquées aient quitté ce monde avant de laver l’honneur de la victime, le sien et le nôtre? Préfère-t-elle perpétuer sa lâcheté collective? Elle ne peut se défiler parce que des personnes étaient absentes au moment des faits. Il ne s’agissait pas d’une loi, mais d’une sanction au mépris de la règle de droit la plus élémentaire. La discipline de parti, la solidarité ministérielle et un pouvoir dictatorial, la primauté ministérielle ont été utilisés comme armes destructrices afin d’obtenir l’unanimité. Un acte d’une violence inouïe, malvenue et d’une répugnance sans nom.

Certaines personnes ont présenté des excuses individuelles à M. Michaud. Beaucoup d’autres sont restées muettes. Je ne m’y attarderai pas. Mais l’Institution, elle, ne peut s’éviter des excuses. La lâcheté n’a pas été qu’individuelle, elle a été collective.

Des élections s’annoncent. L’Assemblée nationale s’amendera-t-elle unanimement, sans le moindre compromis ni restriction mentale avant les élections, ou restera-t-elle aux prises avec ses démons et nous gardera-t-elle encore indéfiniment dans la honte? Libellé proposé : «Que l’Assemblée nationale présente unanimement ses excuses à M. Yves Michaud pour le traitement qu’elle lui a fait subir et ses conséquences. Qu’elle présente également ses excuses à toute la population.»

En espérant qu’en tant qu’Institution, vous vous libérerez de cette lâcheté, et chacun de nous par le fait même, afin de préserver l’honneur des parlementaires qui ont fait l’histoire de ce parlement, afin de nous redonner le goût et la fierté d’aller voter à nouveau.

Harold Jenkins, Québec