Un Phare Lehouillier?

Ériger un phare pour marquer le territoire est un projet qui mérite respect, tant qu’il ne soit pas motivé par la vanité. Celui que le maire Labeaume a dans sa mire devrait atteindre, selon les dernières informations qui circulent, 65 étages. Or, une telle construction, tant par son impact sur la trame urbaine et sur le réseau de transport, par son empreinte dans le paysage et par le symbole qu’elle dégage doit nécessairement faire l’objet d’une judicieuse analyse comparative de sites à l’échelle de la communauté métropolitaine. On n’élève pas de jolies tours, ici et là, parce que le souhaitent les propriétaires influents de terrains vacants.

À ce que je sache, le phare Labeaume n’a fait l’objet d’aucune analyse de sites comme on l’exige maintenant pour les édifices publics d’envergure mais dont l’impact sur le territoire urbanisé est nettement moindre que la tour projetée par le président de la communauté métropolitaine. D’ailleurs, si un tel exercice devait être fait, je parie que le phare s’élèverait du côté de Lévis.

D’abord, d’un point de vue géographique, c’est ici, à la tête des ponts, que convergent les deux axes du Saint-Laurent dans son changement de trajectoire. Au-delà du symbole maritime, c’est clairement sur la rive lévisienne qu’il faut retenir les automobilistes avant qu’ils n’engorgent davantage les ponts. Aussi, sur le plan environnemental, un aspect maintenant si cher au président de la Communauté métropolitaine de Québec, une distribution équilibrée des pôles d’emplois sur le territoire métropolitain m’apparaît plus saine qu’une densification démesurée dans l’axe entre Sainte-Foy et Saint-Roch. De plus, un phare situé à Lévis éclairera davantage que sur le plateau de Sainte-Foy nos visiteurs qui viendront du fleuve ou de l’autoroute 20.

Le maire Labeaume devrait s’inspirer du visionnaire Ptolémée 1er qui a érigé sa merveille devant la cité d’Alexandrie, sur l’île de Pharos. J’ose toujours espérer que la tour de Régis 1er s’élèvera au-dessus du copinage et du retour de taxes foncières pour la Ville de Québec.

Marc Bertrand

Géographe et urbaniste, Québec