Un mégaprojet qui passe sous le radar

Tandis que les discussions de haute voltige distribuent allègrement les milliards de dollars sur le 3e lien, dans le tramway puis à la tête des ponts pour couronner Le Phare, le plus gros chantier en cours dans la région métropolitaine de Québec passe aujourd’hui sous le radar.

Portée par le succès d’une première phase inaugurée en 2008 pour le 400e anniversaire de la Ville de Québec, la 3e phase de la promenade Samuel-De Champlain s’installe cet automne, en douce, au pied de la côte de l’Église sans que l’on se rende vraiment compte de la démesure du chantier et de son impact sur le réseau de transport pour les années à venir.

Cette 3e phase est passée en dix ans d’une estimation de quelque 60 millions $ à... 160 millions$. Quand même 100 millions$ additionnels pour démolir des infrastructures en santé telles que le double tunnel du Canadien National, le boulevard Champlain et le corridor du Littoral dans sa portion la plus spectaculaire qui aura coûté des millions de dollars en 2005.

Si les images nostalgiques de la plage du Foulon dans les années 60 sont fort jolies, il demeure que les études réalisées lors de la conception de la promenade Samuel-De Champlain ont démontré que l’eau de l’anse Saint-Michel y est aujourd’hui de piètre qualité, là même où les émissaires d’égout de la Ville de Québec (autrefois de la Communauté urbaine de Québec) déversent des eaux usées dans le fleuve lors des épisodes de forte pluie.

Je doute que les divers usagers du boulevard Champlain et du corridor du Littoral ont bien été informés des impacts majeurs causés par ce chantier démesuré pour les deux ou même trois prochaines années. Je doute qu’on ait envisagé la desserte des lieux par le transport en commun. Je doute qu’on ait pensé à exiger du Canadien National des engagements à l’égard de l’entretien du pont de Québec en échange de sommes exorbitantes pour compenser la démolition de leur double tunnel sous le boulevard. Je me permets même de douter que tous les contrats et ententes préalables ont été bien ficelés avant la mise en branle des travaux cet automne 2018 mais, à n’en point douter, la 3e phase de la promenade Samuel – De Champlain se dessine à mes yeux comme un mégaprojet qui passe sous le radar.

Le chantier est piloté par la Commission de la capitale nationale, une institution crédible, mais qui me paraît plutôt téléguidée par des aménagistes concepteurs gonflés en manque de créativité, davantage en quête de nouvelles distinctions professionnelles qu’en recherche d’un réaménagement optimal, au moindre coût, des lieux et des infrastructures en place.

J’ose espérer qu’il est encore temps que l’on prolonge la promenade vers l’est en limitant les bouleversements sur le littoral et en évitant la démolition des infrastructures existantes. Les économies réalisées seraient mieux investies demain en phase 4 sur la rive de Beauport.

Marc Bertrand, urbaniste