Un défilé magique

Lettre à Mélanie Raymond, directrice du Carnaval de Québec

C’est avec tristesse que j’ai appris que vous prévoyez annuler le défilé du Carnaval à Charlesbourg. Pour moi, ce défilé va au-delà de l’évènement touristique, c’est aussi une fête qui rassemble les familles et qui s’est ancrée comme une célébration traditionnelle chez nous. Laissez-moi vous raconter.

Depuis mon enfance, je me souviens des soirées de Carnaval où parents et amis se rassemblaient près d’où passait la parade. Pour moi, mes neveux, mes nièces et mes filles, cette soirée est aussi importante que la fête de Noël.

Désormais, nos rassemblements se déroulent à Charlesbourg chez ma soeur: une quarantaine de personnes, du bébé de trois mois à l’ado, aux amis, au grand-papa. Certains à mobilité réduite pour qui l’accès à une maison rend possible en totalité ou en partie la participation à la parade. On soupe et, ensuite, c’est l’heure, on s’habille pour sortir! On entend les sirènes de police et, hop, dehors!

Alors, c’est la magie. On souffle dans les trompettes, on donne la main aux gens costumés, on danse. Et vient la grande finale, le bonhomme sur son char arrive, salutations et jambe en l’air. Et la fête ne s’arrête pas ici. On retourne à la maison pour un feu à l’extérieur, on boit et on mange encore. Dans la soirée, les plus petits s’endorment ici et là dans la maison, on discute, on joue. Au final, la fête se termine tard, chacun rentre chez soi et à l’année prochaine!

Nous habitons Montréal, mais je viens de Québec. Il y a deux mois, ma petite fille de deux ans a fait une présentation sur la parade du Carnaval à la garderie. Elle a mis sa ceinture fléchée, son chapeau de poil de renard (chapeau que je portais moi-même petite lors du Carnaval), a pris son toutou de bonhomme, sa trompette et est partie à la garderie. C’était merveilleux, elle a appris à ses amis à souffler dans la trompette, a expliqué les objets traditionnels de la fête et a habillé chacun de ses copains en «carnavaleux». Elle s’en rappelle de sa soirée de défilé. Elle y rêve. Je devrai malheureusement lui expliquer que cette fête n’aura plus lieu, du moins plus avec grand-père, cousins, cousines et amis. On perd «notre fête» traditionnelle et familiale du Carnaval.

Modernité, innovation, tourisme, économie, me direz-vous. Vous savez, famille, accessibilité, célébration et tradition pourraient aussi cohabiter dans une vision future et novatrice de l’évènement. J’en suis certaine. Vous avez une équipe brillante et dynamique.

J’espère de tout coeur, pour les familles, que vous garderez la parade à Charlesbourg.

Élise Venne
Montréal