Un carburant de transition?

Ayant œuvré à titre d’ingénieur et de chercheur dans les domaines de la combustion, de la pollution automobile et des énergies renouvelables, je peux dire que le gaz naturel n’est pas une solution ni une aide pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre.

Bien sûr, le gaz naturel est un très bon combustible, et même le meilleur des carburants fossiles si on ne considère que le processus de la combustion. Mais il est aussi un très bon gaz à effet de serre, 86 fois plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2). À tel point que des fuites aussi faibles que 0,8 % sur une base de 20 ans peuvent le rendre aussi nuisible que le charbon ou le pétrole.

Et des fuites, il y en a : elles se produisent à l’exploration, à l’exploitation, au transport, à la distribution ainsi qu’aux puits abandonnés et supposément scellés. Des niveaux de fuite de l’ordre de 2,3 à 7,7 % ont été mesurés , ce qui fait du gaz naturel un des pires carburants contribuant à l’effet de serre.

Comment comprendre alors qu’au Québec, notre gouvernement veut encourager l’exploration, l’exploitation et la distribution du gaz naturel comme carburant de transition en prétextant qu’il facilitera l’atteinte des objectifs québécois de réduction des gaz à effet de serre, et qu’il va même jusqu’à utiliser l’argent du Fonds vert pour subventionner l’extension du réseau de distribution.

Investir dans un réseau de distribution dont la durée de vie est de l’ordre de 50 ans nous enfermera dans un investissement prisonnier (stranded asset) qui deviendra un obstacle à l’atteinte des objectifs québécois de réduction des gaz à effet de serre.

Comme le gaz naturel contribue davantage à l’effet de serre que le charbon et le pétrole, et compte tenu des objectifs québécois de réduction des gaz à effet de serre, vouloir encourager la distribution et l’utilisation du gaz naturel est totalement irresponsable, et utiliser le Fonds vert pour ce faire est proprement inqualifiable.

Réal Reid, Boucherville