Tous Québécois

L'expression à la mode depuis quelques semaines : «Nous sommes tous Québécois». J'ai le goût de proposer la réflexion suivante.
Au Québec, comme ailleurs dans les Amériques (pour ne parler que des Amériques), nous sommes tous soit descendants d'immigrants, soit des immigrants vivant sur un territoire qui était occupé, à l'origine, par des communautés autochtones dont leurs ancêtres avaient aussi immigré.
Notre culture s'est métissée au gré des apports de chacun. Pour des raisons historiques, notre langue commune et officielle d'échange entre nous sur la place publique, au travail, dans les services publics est le français, symbolisé par la fleur de lys. Progressivement, nous nous sommes affirmés et nous nous affirmons en tant que nation québécoise en terre d'Amérique, quelles que soient nos origines lointaines ou récentes, la langue que nous parlons à la maison, notre orientation sexuelle et la religion que l'on pratique ou non.
Aussi, si des politiciens, des journalistes ou quiconque dérogent à ce paradigme sur la place publique, il est de notre devoir de leur rappeler cette réalité. Et, comme je l'ai déjà écrit, pour affirmer notre vision d'une société québécoise inclusive, nous nous devons toutes et tous bannir de notre vocabulaire les expressions «communautés ethniques», «communautés culturelles» « et évidemment «Québécois de souche». S'il est nécessaire, et vraiment si c'est nécessaire, parlons plutôt de «Québécois d'origine libanaise», de «Québécois hispanophones», de «Québécois de confession judaïque ou musulmane»...
Michel Roberge, Québec
***
Affrontement et pouvoir sans partage
Bien que légitime, le mode de scrutin majoritaire pour choisir nos gouvernements au Canada s'appuie sur le principe que le pouvoir ne se partage pas même si une minorité de l'électorat a voté pour nous, mais que le sort nous donne une majorité de sièges. C'est avec un mode de scrutin majoritaire que dernièrement est arrivé au pouvoir le président Trump, un représentant de la droite. C'est aussi avec un mode de scrutin majoritaire qu'en France, le Front national de Marine Le Pen, défenseure de la droite, réussira possiblement son entrée au pouvoir. L'Angleterre avec son mode de scrutin majoritaire a permis à la droite de s'exprimer lors du Brexit.
L'automne dernier, l'alternative que souhaitaient 88 % des intervenants lors de la commission de consultation ERRE est le scrutin de type proportionnel. Pourquoi les partis libéral et conservateur ont-ils peur de s'engager dans cette voie? Parce que cela exigerait d'eux de faire de la politique autrement, de développer une culture de coalition et de coopération. 
Lors des élections de 2015, qu'aurait dû faire le Parti libéral pour arriver au pouvoir s'il y avait eu un mode de scrutin de type proportionnel? Ce dernier, avec ses 39 % de voix, aurait été obligé de s'allier soit au Parti conservateur (32 % des votes), soit au Nouveau Parti démocratique avec ses 20 % de voix. Ces députées et députés, au lieu de travailler dans l'affrontement, seraient tenus de coopérer pour la mise en place des affaires publiques. 
N'aurions-nous pas de cette manière des politiques plus équilibrées tenant compte de plus de perspectives et faisant consensus chez une majorité? Ne serait-ce pas un frein à une montée de la droite, la peur de M. Trudeau? 
Dans un sondage CROP en 2015, 70 % des Québécoises et Québécois veulent un scrutin proportionnel pour avoir des gouvernements qui représentent mieux la diversité des points de vue. Pourquoi ne pas décider de nos lois dans la coopération plutôt que l'affrontement? Changer de mode de scrutin, c'est renouveler la culture politique pour plus de démocratie.
Marie-Claude Bertrand, Montréal