SLAV et l’apprentissage collectif

La controverse autour du spectacle SLAV signé Robert Lepage et Betty Bonifassi concerne la question socialement vive de l’esclavage et de la ségrégation.

Elle porte, notamment, sur la caractérisation de la pièce (dont les tenants et aboutissants de sa création) et sur la procédure mise en place pour la contenir (la décision du Festival International de Jazz de Montréal de mettre fin aux représentations). Certes, certaines des confrontations sont brutales et les positions quant à la responsabilité sociale des créateurs se situent de part et d’autre d’une béance en apparence infranchissable. Mais cette controverse est une occasion de discuter, de faire des inventaires (des personnes concernées, des problèmes, des solutions), d’apprendre de l’expérience des autres, de constituer de nouveaux outils théoriques, de rendre intelligible et discutable la question socialement vive de la représentation visuelle et théâtrale de l’histoire des esclavages. SLAV, même privée de sa vie en salle, donne lieu à un remarquable apprentissage collectif: on assiste à un brassage des idées et des «titres à parler». Que notre démocratie soit capable à la fois d’accueillir une telle controverse et de prolonger nos réflexions sur ces histoires douloureuses de rapports de domination doit être célébré.

Chantal Pouliot, Professeure titulaire, Université Laval