Signes religieux: réflexion sur le sens des choses

Depuis la nuit des temps, l’être humain utilise l’habillement pour «signifier» aux autres qui il est. Bien que le dicton dise que l’habit ne fait pas le moine, on s’entendrait peut-être aussi pour dire qu’il permet de le prétendre.

Toutes les cultures ont utilisé l’habillement pour la signification qu’il permet de véhiculer, la distinction entre les sexes étant la plus universelle. On a utilisé deux méthodes pour y arriver: la suggestion et la coercition, les deux à des degrés divers d’intensité. À la limite entre les deux méthodes, elle se rejoignent: la suggestion est associée à une pression sociale suffisamment forte pour qu’elle devienne une forme pure et dure de coercition.

Le débat qui a cours actuellement au Québec se déroule justement dans cet espace flou entre les deux, là où la suggestion rejoint la coercition. Officiellement, le port du foulard et des autres signes distinctifs religieux y est au Québec suggéré et endossé volontairement, alors que dans d’autres pays, de même qu’à l’intérieur de certaines communautés qui en sont issues et qui vivent ici, cette pression sociale est tellement forte qu’elle devient de la coercition.

Il est là le paradoxe: sous des allures de défense des droits et libertés, bien des gens bien pensants s’opposent à l’application de règles strictes quant à l’habillement de leurs concitoyens et concitoyennes. Le vide juridique à cet égard est par contre cet espace dans lequel la suggestion outrancière s’insère pour forcer certaines personnes à adopter un code vestimentaire, sous prétexte que cette adoption se fait de plein gré et non à la suite d’une pression sociale. Cette situation paradoxale amène malheureusement à devoir établir des règles coercitives de protection des plus faibles et vulnérables aux pressions sociales. La société en est rendue à devoir établir des règles coercitives, non pas pour forcer des citoyens à se conformer à des codes vestimentaires, mais plutôt pour les protéger contre l’insistance suggestive de leurs communautés vers une forme ou une autre d’habillement à forte signification.

Il est malheureux de devoir en arriver à un tel niveau d’absurdité: pour la protection de notre propre liberté d’expression, utiliser une coercition inversée pour empêcher le détournement de nos principes de droits et libertés à des fins de coercition vestimentaire déguisée. Il est alors compréhensible qu’une logique aussi peu évidente échappe à bien des gens et les amène à militer à l’encontre de leurs propres principes.

André Verville

Lévis