Si tu avais parlé...

Automne 2010 : je n’avais pas conservé un souvenir très net de toi. Tu étais assis dans ma classe du vendredi matin. Le cours s’intitulait «Éthique et multiculturalisme». Il y était question de diversité culturelle, du vivre-ensemble, des accommodements raisonnables, ce genre de notions devant nous permettre de réfléchir à notre humanité.

Nous étions tous allés au Centre culturel islamique de Québec. Toi aussi tu es venu. Ce n’était pas la première fois que j’organisais cette visite. Comme d’habitude, nous avons été bien reçus, breuvages et gâteaux nous ont été offerts. Comme d’habitude, nous avons pu poser toutes nos questions. Comme d’habitude, nous avons obtenu toutes les réponses. Et toi, avais-tu posé tes questions? Je ne sais plus. 

Janvier 2017 : le 29 janvier, tu es retourné au Centre culturel islamique. Ce jour-là comme meurtrier. Tu as tué six personnes, blessé huit autres. Tu as détruit des familles. Je ne sais pas si tu es conscient que c’est tout le Québec que tu as visé ainsi. Pourquoi cette haine? Pourquoi fallait-il qu’elle s’exprime ainsi? Tes amis, tes parents, tes professeurs, nous tous, aurions-nous pu t’empêcher de commettre l’irréparable? Je ne sais pas. En revanche, je demeure persuadé que jamais tu n’aurais commis ce carnage si tu avais pu dialoguer avec ces gens sur qui tu as tiré. Comme le disait Gilles Vigneault, «la violence est un manque de vocabulaire.»

Mais tu n’as pas voulu user de vocabulaire. Tu t’es décidé autrement. Tu as choisi d’être le Tireur de la mosquée de Québec. Tu as fait le mauvais choix.

René Bolduc, Québec