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«Seulement» physiothérapeute

Carrefour des lecteurs
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Le Soleil
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Travaillant en centre hospitalier désigné COVID depuis près d’un an, voici mon histoire. 

D’abord submergée par le tourbillon d’informations et d’adaptations dans nos vies personnelles, nous avons multiplié ces adaptations dans nos milieux de travail. Vaquant sans relâche comme professionnelles de la santé, nous avons vu notre environnement de travail se métamorphoser et nos conditions se complexifier et se dégrader.

Pour ma part, en tant que physiothérapeute, j’ai d’abord prêté main-forte à l’équipe de dépistage pour s’assurer de maintenir rythme et assiduité pour les collègues sur le terrain en leur offrant un climat de travail sécuritaire. J’ai dû apprendre rapidement à administrer l’ensemble de ces actes.

Je suis également venue en renfort aux préposées aux bénéficiaires sur différentes unités de soins, unités qui se retrouvent en infériorité numérique de par les nombreuses absences au travail. Encore une fois, une nouvelle réalité de travail impliquant des tâches inhabituelles m’imposait un apprentissage rapide et une adaptation au niveau de la conciliation travail-famille. 

Ce faisant, temps supplémentaire oblige, je me retrouve régulièrement avec des semaines de travail de près de 50 heures.

Le travail le plus difficile que j’ai eu à faire depuis le début de cette pandémie est sans aucun doute les soins directs de physiothérapie auprès de patients COVID positifs. La charge émotionnelle et psychologique est indescriptible. 

La seule vue de l’état de santé de ces personnes, démunies, déconditionnées, épuisées, découragées, déprimées, à bout de souffle et isolées entre quatre murs est difficilement supportable. Plusieurs journées de labeur dans cette zone sous haute sécurité débutent avec l’annonce d’un plus grand nombre de décès que de congés hospitaliers. 

J’ai ressenti un grand sentiment d’impuissance, sentiment souvent camouflé derrière un masque à cartouches, derrière une nécessité de professionnalisme et derrière une productivité imposée par un contexte jamais égalé. Plusieurs collègues du réseau sont tombées au combat, contractant la COVID, s’épuisant au travail ou même s’enlevant la vie. Que de tristesse…

Ce combat doit se poursuivre, avec autant d’incertitudes et d’insécurités, sachant très bien que nous mettons nous-mêmes notre santé et celle de nos familles, de nos enfants, à risque.

La collaboration entre collègues est ce qui me permet de tenir bon. S’est installée spontanément une alliance thérapeutique plaçant enfin tous les titres d’emplois sur un même pied d’égalité, où la contribution de chacun est essentielle. Malgré cela, plusieurs d’entre nous sont victimes d’iniquité concernant l’octroi des primes COVID. Le gouvernement Legault manque grandement de reconnaissance envers les professionnelles et techniciennes de la santé. J’essaie tant bien que mal de ne pas trop y penser, car cette situation engendre un sentiment fort d’injustice, de colère, de frustration, d’indignation et de démotivation qui me donne envie de crier mon désespoir et mon désarroi d’être «seulement» une physiothérapeute. 

Chaque jour de travail m’impose de taire ces sentiments destructeurs pour être en mesure d’offrir réconfort et empathie aux autres.

Mélanie Lapointe
Québec