Sans espoir et sans pardon

Je suis toute retournée. Je viens d’entendre le discours du père d’Alexandre Bissonnette. Je suis profondément triste pour la communauté musulmane, pour tout ce qu’ils ont subi comme préjudice depuis un an et demi; pour tout ce qu’on leur fait porter chaque fois que quelques fous de confession musulmane terrorisent la planète entière et finissent par nous faire croire que tous les musulmans sont extrémistes. Ce qui ne correspond pas du tout à la réalité, bien entendu.

Je suis tout aussi retournée après le discours du père de celui qui a changé à jamais la vie de la communauté musulmane de Québec. J’ai passé ma vie professionnelle avec des adolescents bardés de difficultés de toutes sortes et qui en plus se faisaient intimider par leurs pairs. Bien sûr que nous intervenions, mais les intimidateurs sont rusés, ils le font rarement au grand jour. J’ai vu des jeunes complètement démolis, qui n’avaient plus d’estime d’eux-mêmes. Certains réagissaient violemment, d’autres au contraire tentaient le plus possible de disparaître dans la masse.

Alexandre Bissonnette a commis l’irréparable, la pire chose qu’un humain puisse commettre. Sans minimiser ce qu’il a fait, son passé ne peut passer sous silence, car les traces qu’il a laissées ont contribué à sa destruction. Bien sûr qu’il doit subir les conséquences de ses gestes. Mais pourquoi 150 ans de prison? Pourquoi n’aurait-il pas lui aussi droit à un peu d’espoir? Le pardon existe dans toutes les religions. Qui dit que dans quelques années, ces familles encore endeuillées aujourd’hui n’auront pas fait un pas vers le pardon? Qui dit qu’Alexandre Bissonnette lui, n’aura pas fait du chemin dans sa reconstruction? N’y a-t-il pas là matière à réflexion?

Marlène Gagnon, Québec