Robespierre, Eliott Ness et GND

Une affiche électorale de Québec solidaire offre un cas d’appropriation historique à la fois cocasse et troublant, avec un portrait du député Gabriel-Nadeau Dubois (GND), coiffé du nouveau surnom que ses fans lui ont attribué : L’incorruptible. Rien de moins.

Dans l’histoire, deux personnages se sont mérité le surnom d’incorruptible : Robespierre et Elliot Ness. S’approprier le pseudonyme pour en coiffer son coleader est plus que discutable.

Maximilien Robespierre, avocat et homme politique français (1758-1794), a été surnommé L’incorruptible par ses contemporains de la Révolution qui avaient noté chez lui l’absence de désirs et de besoins personnels. Il faut dire que pendant la Révolution, la classe politique était universellement corrompue, de sorte que sa simplicité volontaire et son mépris des prébendes étaient remarquables. Robespierre était un homme de gauche, bien mis de sa personne (il poudrait lui-même sa perruque), mais on voit mal en quoi GND peut se comparer à lui. Il faut quand même reconnaître qu’affronter les royalistes, les Hébertistes et Danton était pas mal plus corsé que critiquer Philippe Couillard, François Legault ou Jean-François Lisée. Robespierre finira d’ailleurs sur l’échafaud à l’âge de 36 ans!

Quant à Eliot Ness (1903-1957), il entre dans les forces de l’ordre fédérales des États-Unis en 1927 et se voir chargé en 1929 de faire tomber le gangster Al Capone. C’est une tentative de celui-ci d’acheter les agents travaillant sous les ordres de Ness qui amène ce dernier à qualifier les membres de son équipe d’Untouchables («Incorruptibles»). Cible de plusieurs tentatives de meurtre, Ness mène une vie passablement plus dangereuse que l’ex-leader étudiant devenu député de Gouin. S’approprier le nom de guerre que Ness avait donné à son groupe d’agents semble plus que présomptueux.

C’est facile de se prétendre incorruptible quand on n’a pas 30 ans, qu’on sort à peine des études, qu’on n’a presque jamais travaillé (hormis pour les syndicats) et qu’on siège à l’Assemblée nationale pour la troisième opposition. Pas grand risque d’être soudoyé ou forcé de faire des choix difficiles! Un peu de modestie siérait bien à ce vertueux jeune homme.

Marc Simard, Historien et professeur retraité, Québec