RDI et LCN : des réseaux sociaux?

Plus que jamais durant cette campagne électorale RDI et LCN sont les messagers des partis politiques. Du temps d'antenne gratuit leur est assuré, chaque jour sans aucun cadre ni balise. C'est la confusion des genres où l'information est noyée dans un spectacle people.
Plus que jamais durant cette campagne électorale RDI et LCN sont les messagers des partis politiques. Du temps d'antenne gratuit leur est assuré, chaque jour sans aucun cadre ni balise. C'est la confusion des genres où l'information est noyée dans un spectacle people.
Si tant est que ces réseaux ont des politiques d'information et des codes d'éthique pour leurs journalistes, les partis et les candidats, de leur côté, ont fait main basse sur les meilleures heures d'écoute. Ils bombardent directement le citoyen dans son salon avec des messages (propagande) qui ne sont soumis à aucune norme ou règle, tant sur le contenu que la forme. Le politicien qui a le sens de la «clip», de la formule, peut dire ce qu'il veut. Les questions sont réduites au minimum. Les journalistes sont devenus des accessoires obligés. Le traitement de l'information politique glisse vers l'anecdote.
Comme par hasard, on ne voit jamais deux chefs de parti parler en même temps. Chacun attend sagement son tour gratuit. Personne ne marche sur les pieds de l'autre. RDI et LCN sautent d'un événement à l'autre dans l'espoir de prouver qu'ils sont les meilleurs en direct. Ainsi, les partis imposent leur agenda et les réseaux suivent. Les journalistes sont un mal nécessaire, surtout qu'ils n'ont plus le temps de rien vérifier. Pour combler cette lacune, les experts, les ex, les analystes en studio, nous entretiennent, le temps qu'un autre chef prenne la parole. Comment le public peut-il juger de la qualité et de l'intégrité du contenu qui lui est lancé?
Sous des apparences de CNN, RDI et LCN, c'est surtout de la redite pour remplir du temps d'antenne. C'est l'usine à saucisses. Au besoin, un sociologue, un penseur, un autre lologue, un comédien, un universitaire, un spécialiste de l'image, un vox-pop et une tribune téléphonique comblent le temps qui reste.
Dans ces conditions, qu'en est-il de la transparence et de la rigueur dans le discours politique mis en onde? C'est un festival de déclarations, d'opinions, de ballons, d'accusations. Un mélange de genres ou le traitement «people» s'installe comme aux États-Unis. Ces réseaux se rapprochent dangereusement des réseaux sociaux où tout et n'importe quoi se dit et s'écrit. Si un parti glisse trop dans les sondages, il y a risque de bataille de rue, surtout que les trois chefs ont beaucoup à perdre. L'important, ce n'est pas d'être vrai, mais de laisser bonne impression ou de semer le doute. Au train où vont les choses on pourrait se retrouver dans le même climat qu'en 1976 à quelques jours du vote.
Jacques Plante, Québec
L'auteur a été journaliste à Radio-Canada pendant 30 ans, notamment comme correspondant parlementaire. Il a été chargé de cours à l'Université Laval en journalisme et a étudié au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes à Paris. Il aussi étudié en cinéma à l'Université Laval. Depuis la retraite du journalisme, il travaille comme consultant et formateur en communications.