Québec, tombeau de la francophonie

Festival d'été de Québec, le 11 juillet 2016. Des amis vont voir un groupe de Trois-Rivières en spectacle à Place d'Youville. Je n'ose pas leur demander dans quelle langue chante ce groupe. Trop prévisible. Soyons logiques: c'est un groupe composé de francophones, donc il devrait chanter... en anglais, bien sûr. L'avant-garde musicale québécoise chante désormais presque à l'unisson en anglais, comme si la chose était devenue absolument normale. Et plus personne ne sourcille. Un spectacle qui s'ajoute d'ailleurs à une programmation du Quebec Summer Festival déjà à plus de 90 % anglaise. Les rares artistes francophones à l'affiche, égarés, en viennent à détonner dans le paysage.
Serions-nous passés, en quelques décennies, de la résistance à l'abdication? Que doivent conclure les vieux défenseurs du français comme moi quand notre propre avant-garde choisit l'acculturation, voire l'assimilation? N'est-il pas vain de continuer à se battre quand on en est réduit à tenter d'insuffler un peu de fierté à nos propres artistes ? Jadis berceau de la francophonie en Amérique, Québec semble tout faire pour en devenir le tombeau...
Jean-François Vallée, La Pocatière