«Quand ça bouge, c’est obscène!»

Le 6 décembre 1967, des policiers de Montréal remettent des sommations à comparaître en Cour du bien-être social à des jeunes danseuses et à la direction des Ballets Africains de Guinée sous prétexte qu’une partie du spectacle qu’ils donnent se faisait à seins nus.

La police ne tenait évidemment aucun compte du contexte culturel. C’est un haut fait de l’histoire de la censure au Québec, et la remarque d’un policier, citée plus haut, avait provoqué l’hilarité générale, et peut-être sonné le glas de la «grande noirceur». Il y avait eu procès, la troupe avait été exonérée de tout blâme et le spectacle n’avait jamais été annulé.

Cinquante-et-un ans plus tard, une nouvelle génération de curés sans soutanes vient de forcer l’annulation du spectacle SLAV, sonnant ainsi haut et fort le début d’une nouvelle censure. Il ne s’agit pas ici de seins nus mais du fumeux concept d’appropriation culturelle. Cette nouvelle censure sera pire que la précédente, parce que non fondée sur des lois, parce que non soumise à la preuve, elle n’a même pas à être consensuelle, elle n’a pas besoin non plus de la police pour s’exercer, car l’intimidation est beaucoup plus efficace.

Le 4 juillet 2018 sera à classer dans les jours sombres de notre histoire, pour peu que notre histoire se poursuive.

Sylvain Meunier, écrivain, Longueuil