Pratiquer le principe de précaution

J’ai fait mon primaire à Sainte-Eulalie, Centre-du-Québec, dans les années 1960. En classe de 6e, un matin, à l’enseignante (on employait à l’époque le beau mot «maîtresse») qui venait de nous lancer que nous descendions tous d’Adam et Ève, je rétorquai que nous descendions plutôt du singe, comme je venais de l’entendre à la télé. Peu après, la directrice de l’école, une religieuse, me convoqua. Je me souviens encore de sa figure d’oiseau rapace. J’allais être puni à rester dans la classe le dîner venu jusqu’à la fin de l’année scolaire. Il ne fallait surtout pas que je contamine les autres.

Les choses ont commencé à mal aller dès ce moment. Si bien que, surprise, on m’a fait sauter la 7e année et catapulté à l’école secondaire en septembre. Je trouvais la promotion surprenante pour la raison que mes notes étaient plus que moyennes. 

J’étais quand même fier de me retrouver en 1re secondaire, mais cela ne dura qu’une journée; le lendemain on me renvoya en 7e (on a bien vu là-bas qu’on voulait se débarrasser de moi). Quand la sœur directrice m’a vu revenir, elle était bien découragée, la pauvre. J’avais eu une mauvaise influence sur ses brebis et il fallait m’éloigner, mais son coup avait foiré. Alors, quand je lis aujourd’hui des commentaires émanant de nostalgiques de cette époque, j’en ai la nausée.

Depuis, le clergé a été remis à sa place. Des milliers de jeunes frères et sœurs, au lieu de braquer les Québécois, ont choisi de défroquer ou d’enseigner sans leurs attributs vestimentaires. Cela a semblé si facile que légiférer n’a pas paru nécessaire. Mais voyez ce qui se passe aujourd’hui? Des croyants refuseront d’enlever leurs signes religieux au lendemain de l’adoption de la loi 21, quitte à ne pas être embauchés. Ne sont-ce pas des intégristes en puissance? Et ceux qui bénéficieront de la cause d’antériorité et qui voudront conserver coûte que coûte leurs signes religieux, croyez-vous vraiment qu’ils feront preuve de neutralité dans leur enseignement?

Dieu (oups!) seul sait ce qui nous attend. Alors que les musulmans ne représentent aujourd’hui qu’environ 3,2% des croyants canadiens, il semble que ce taux pourrait quadrupler d’ici les années 2030. Les mosquées pousseront comme des champignons et les femmes seront plus nombreuses que jamais à porter le voile et d’autres niqabs. Inquiétant, non? Nous avons pu nous défaire de l’emprise du catholicisme, mais pourrions-nous faire de même avec l’islam, une religion dure, comme la qualifiait le président Nicolas Sarkozy?

Je n’ai pas oublié ces mots essentiels dits par Guy Rocher devant la commission des institutions: «Parce qu’on ne sait pas, il faut pratiquer ce qu’on appelle le principe de précaution».


Sylvio Le Blanc

Montréal