Rien dans ce qui se passe actuellement au Québec, alors que des associations qui représentent quelque 60 000 étudiants ont enclenché une grève, dont à l'Université Laval, ne se compare au printemps érable, a commenté le ministre François Blais lundi matin.

Peut-on se faire instruire au Québec?

La réponse est : cela dépend... Cela dépend du caprice des étudiants, d'une minorité d'étudiants. Parce que les enseignants, les doyens, les recteurs, le ministre de l'Éducation et le premier ministre ont choisi de respecter les caprices de ces étudiants. Tant pis pour ceux qui veulent étudier. Ils peuvent aller ailleurs qu'au Québec. Tant pis pour les payeurs de taxes québécois qui supportent de leurs deniers un système scolaire dont peut disposer, à sa guise, une minorité qui ne paie pas d'impôt.
Au printemps 2015, des étudiants ont eu un caprice : boycotter les cours. Dans quel but? On ne sait pas encore, mais on trouvera bien! C'est, en gros ce qui a été dit en assemblée générale des étudiants à la maîtrise et au doctorat en philosophie de l'université Laval, le 7 avril dernier. Je le sais parce que j'y étais. Après plus de deux heures de discussions, l'objectif de cette « grève » n'avait pas encore été identifié. Plusieurs hypothèses ont été soulevées : faire face à l'ennemi commun qu'est le gouvernement, le faire reculer ou le renverser; se battre contre le mal; changer la perception de la société et de l'université; éduquer le peuple. Mais, comme aucune de ces options n'a été retenue, il a été décidé de poursuivre la « grève » pour sauver la face, pour se donner le temps de réfléchir à un objectif qu'on pourrait communiquer et pour préparer une campagne de séduction auprès des médias. Parce que jusqu'à maintenant, la presse et le public ne collaborent pas aussi bien que les étudiants le voudraient. Selon eux, la société doit comprendre que ses concepts sont erronés et que les étudiants en philosophie sont les mieux placés pour l'éclairer. Car, si l'objectif de la grève reste nébuleux, la mission étudiante a le mérite d'être claire : ouvrir les yeux du peuple! 
Voilà le genre de discours qui se tient en assemblée générale étudiante au printemps 2015. Ce n'est pas tragique si on considère que ce n'est qu'une minorité de jeunes universitaires qui tient de tels propos. Ce qui est tragique, c'est l'accord tacite des enseignants qui refusent de donner leurs cours. Il est vrai que les enseignants sont rémunérés avec ou sans cours et ainsi, la seule présence d'étudiants pro-grève, dans les locaux universitaires, suffit à justifier leur refus de donner les cours. Ce qui est tragique aussi, c'est l'inertie gouvernementale qui encourage les « grévistes » en ignorant la perte de savoir et la perte d'argent consécutives aux actions de boycott. Ce qui est tragique c'est que tout le système québécois interpellé par l'instruction se ligue pour refuser d'instruire ceux qui le demandent. 
J'ai honte des étudiants qui se plaisent à maintenir volontairement des jeunes Québécois dans l'ignorance. J'ai honte des enseignants qui supportent cet abus de pouvoir et qui, en fait, rendent possible cet abus de pourvoir. J'ai honte des élus qui se prêtent volontairement à ce jeu de priver les jeunes d'instruction et qui refilent la facture des débordements des « grévistes » aux contribuables. J'ai honte d'avoir pensé qu'on pouvait s'instruire au Québec.
Lynn Cleary
étudiante en philosophie
Université Laval