Où est la véritable justice?

Le cardinal Lacroix a invité et reçu, récemment, à sa résidence l’iman Hassan Guillet. Ce dernier, on s’en souviendra, avait eu des mots, qui ont fait le tour du monde au lendemain de la tragédie de la Mosquée de Québec. Parlant d’Alexandre Bissonnette, l’iman avait déclaré: «Lui aussi est une victime». Il avait ajouté: «Nous ne devons pas entrer dans la vengeance».

On oubliait alors si facilement que l’ampleur des souffrances des victimes et de leurs proches, si effroyables soient-elles, ne pouvaient être l’unique mesure pour évaluer la responsabilité morale de l’auteur des actes physiques posés. 

Avec le recul du temps, près de deux ans, donc avec moins d’émotivité et plus de lucidité, il devrait être plus facile d’être objectif, de voir là où se situe la véritable justice... Il importe donc de se rappeler: la vulnérabilité émotionnelle innée de l’enfant Alexandre qui se sépara très difficilement de sa mère au début de l’école, puis de cet étudiant, non-violent de nature, mais victime d’une intimidation scolaire exceptionnelle dans l’intensité et dans la durée. 

Elle l’a blessé mentalement et a dégénéré en une peur sociale maladive, une maladie mentale.Trop rares ont été les étudiants et même les professeurs qui ont eu le sens des responsabilités de contrer, alors, cette intimidation funeste, puis de la dénoncer publiquement, depuis le début des procédures judiciaires.

Que dirait cet iman Guillet, si humain, de ces législateurs et de ces juristes, passés et actuels, qui rendent possible une condamnation à 150 ans d’incarcération? À mon avis, il s’agit d’une véritable régression de civilisation, un déni, à sa face même, d’une justice vraiment humaine, dans ce Québec et ce Canada qui s’honorent d’être des démocraties et de posséder une Charte des droits et libertés.