Ni tramway ni troisième lien

Carrefour des lecteurs
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Le Soleil
Avant la crise actuelle, les projets du troisième lien et du tramway comportaient déjà chacun leur lot d’incertitudes et de risques. Le retour sur investissement de ces projets était discutable, même en prenant les chiffres de leurs promoteurs. Or, la vision optimisme qui animait ces deux projets était fondée sur un contexte économique qui n’existe plus. Malgré cela, nos décideurs, animés par un incompréhensible déni, pratiquent la fuite vers l’avant et annoncent l’accélération de ces initiatives, devenues outils de marketing politique.

Les entreprises et les institutions s’adaptent au télétravail et aux horaires flexibles. Pourquoi voudraient-elles continuer de payer le fort prix pour des espaces de bureaux qui s’avèrent non essentiels? Pourquoi les employés qui peuvent accomplir toutes leurs tâches de la maison voudraient recommencer à perdre du temps de navettage tous les jours? En ce qui concerne le transport collectif, les nouvelles normes d’hygiène rendront encore moins attrayant ce choix de locomotion. Ce n’est pas pour prendre le tramway que les citoyens voudront délaisser l’usage de leur voiture, mais plutôt pour faire du télétravail. Après la construction effrénée de routes et d’autoroutes, la société s’est ajustée en déployant une offre accrue de transport en commun dans un contexte de modèle socioéconomique où une masse critique de citoyens devaient se déplacer tous en même temps, aux heures de pointe. Ce modèle est gravement remis en question par la crise actuelle. À tout cela, il faut rajouter l’impact négatif à long terme qu’aura la COVID-19 sur l’activité économique, qui se traduira directement par une réduction du nombre de déplacements.

S’il faut déployer des projets d’infrastructure pour relancer l’économie, nul besoin de rêver à des projets pharaonesques. Les besoins sont là, devant nous: les écoles, maisons pour aînés, routes et hôpitaux existants ne demandent qu’à être réparés ou améliorés. Retrouvons notre fierté avec des projets moins spectaculaires, mais bien plus utiles socialement!

Véronique Mercier, Sainte-Foy