Ne pas oublier

Toute cette folle cavale du jeune Frédérick Gingras est d'une infinie tristesse : un cortège de morts et de souffrances. Et aussi un jugement sur une société qui ne sait pas vraiment quoi faire devant des cas très sérieux de maladie mentale; une personne psychotique chronique est remise en liberté, malgré des signes évidents, voire prémonitoires, de dérapages sérieux possibles. C'est ce qui est arrivé avec le jeune homme de Repentigny.
Comme sa mère le souhaitait depuis quelque temps, il aurait dû être interné et soigné. Mais plusieurs refusent de voir cette vérité en face, croyant que la liberté de la personne en société est toujours le meilleur choix. Mais ceci est une vue de l'esprit! Non! Ce n'est pas toujours le cas. Une sérieuse et urgente réflexion sociétale s'impose à la suite de ce drame qui n'aurait pas dû avoir lieu. Un drame qui risque de se répéter s'il est oublié. Et l'oubli est ici une grande tentation, car la peur devant pareil horrible acte de folie est bien là.
Michel Lebel, Entrelacs
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Le vivre-ensemble au Québec
Ces jours-ci, une publicité circule sur le vivre-ensemble au Québec. On y voit Patrice Bernier, joueur de couleur de L'Impact de Montréal, et Alexandra Diaz, productrice de l'émission Cuisine futée, présentée à Télé-Québec. Ces deux personnalités clament qu'elles sont heureuses de vivre au Québec où la vie leur est facile pour toutes sortes de raisons. Inutile de les énumérer. Cependant, moi, j'aimerais bien que la télé nous présente d'autres personnes. Je serais curieux de voir une personnalité d'origine arabe, sikh, anglophone ou autochtone, prendre la parole et me vanter les bienfaits de vivre, ici, au Québec, dans une société qu'elle qualifierait d'ouverte et soucieuse de son bien-être. Serait-ce trop en demander à notre gouvernement qui se dit ouvert à toutes et à tous!
Lévis Bouchard, Québec
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Lutte contre la pauvreté : un filet de thon?
Pendant que, dans les rues enneigées, les médias passent la guignolée, le gouvernement coupe dans les services publics et dans l'aide sociale. Malheureusement, ce n'est pas une canne de thon qui va remplacer un filet social.
Les nouvelles coupes à l'aide sociale liées à l'adoption du projet de loi 70 sont une forme de violence économique, puisqu'elles enverront les personnes qui vivent une période difficile de leur vie vers la rue. Parce que, lorsqu'on arrive à l'aide sociale, on a d'abord besoin de temps et de soutien pour se reconstruire, et non d'être forcé de vivoter avec entre 399 $ et 623 $ par mois!
Ho! Pas d'inquiétude, nous dit le ministre, on s'attaque juste aux personnes qu'on appelle «sans contrainte à l'emploi». Et si on en parlait de la reconnaissance des contraintes, Monsieur le Ministre! Plus de 90 % des personnes que vous dites être sans contrainte à l'emploi ont des contraintes réelles que vous refusez de reconnaître. On parle de personnes qui n'auront pas toujours la santé physique ou psychologique, la disponibilité (pensons aux proches aidants et aux parents), ou le moyen de transport pour se rendre à vos programmes. Ces personnes à qui vous vous ferez donc une fierté de couper le chèque de survie, parce qu'elles le méritent bien. Il s'agit donc de forcer des milliers de personnes à l'extrême pauvreté. 
Bref, ça va prendre plus qu'une canne de thon pour permettre à ces PERSONNES de reprendre leur place dans la société après l'épreuve que le ministre leur prépare.
Lise Mathieu et Marielle Bouchard, Québec