Contrairement à la cigarette conventionnelle, la e-cigarette ne contient ni tabac, ni goudron, ni monoxyde de carbone.

Loin d'être un remède miracle

En réaction au texte «Cigarette électronique: le 'remède' pour cesser de fumer» du journaliste Pierre Pelchat
En pleine Semaine pour un Québec sans tabac, la question de la cigarette électronique comme méthode pour cesser de fumer suscite un vif intérêt dans la population. L'auteur d'un livre lancé cette semaine, qui encense la cigarette électronique, affirme que ce nouveau gadget obtient un taux de réussite de plus de 50% après un an chez les personnes qui l'utilisent comme outil d'arrêt tabagique. Deux études crédibles publiées récemment dans des revues scientifiques présentent plutôt respectivement des taux de réussite de 7% après six mois et de 8,7 % après un an. Ces résultats, comparables à ceux obtenus avec des timbres à la nicotine, sont bien loin de faire de la cigarette électronique une «véritable révolution» comme l'affirme la promotion de ce livre.
En réalité, la cigarette électronique pourrait faire plus de mal que de bien au Québec. Les jeunes sont très attirés par ce produit dont la consommation a plus que doublé en un an aux États-Unis. Puisque la cigarette électronique peut être utilisée n'importe où, parce qu'elle n'est pas régie par la Loi sur le tabac du Québec, son usage risque de se répandre rapidement dans des lieux où le tabac est actuellement interdit (restaurants, bars, écoles, hôpitaux, centres commerciaux, avions, etc.) Cela pourrait avoir comme conséquence de renormaliser l'usage de la cigarette dans notre société et d'inciter ainsi de nombreuses personnes à commencer (ou à recommencer) à fumer. L'intérêt grandissant des compagnies de tabac qui se cachent derrière plusieurs marques de cigarettes électroniques est aussi de nature à nous inquiéter sur les potentiels bénéfices de ce produit.
Loin d'être un remède miracle pour aider les fumeurs à se libérer du tabac, la cigarette électronique présente un risque réel de faire augmenter la consommation de tabac au Québec, notamment chez les jeunes, en plus de représenter un danger de nous faire perdre collectivement certains des gains obtenus par l'interdiction de fumer dans plusieurs lieux publics. Pour contrer la situation, la cigarette électronique doit être rapidement assujettie à la Loi sur le tabac, de manière à en interdire la vente aux mineurs, encadrer sa fabrication, sa promotion et sa distribution auprès des adultes, ainsi qu'en interdire l'usage dans les lieux publics où fumer est actuellement proscrit.
Mario Bujold, directeur général
Conseil québécois sur le tabac et la santé