Libérer les Badawi, frère et sœur

Que l’Arabie Saoudite ait gagné les hostilités contre le Canada ne change rien au fait que ce pays devrait libérer Raif Badawi et sa sœur, ne serait-ce que pour ses propres intérêts.

Depuis déjà plusieurs décennies, l’Arabie Saoudite est une plaie internationale pour son non-respect des droits de l’homme et de l’État de droit. Trois choses permettent aux dirigeants de ce pays de se maintenir dans cette situation qui est pour le moins particulière et anachronique. La première est qu’ils possèdent une ressource non renouvelable que le monde entier convoite, le pétrole. La deuxième est qu’ils sont liés stratégiquement et politiquement aux États-Unis.

Or, ces deux piliers de son pouvoir s’effritent actuellement. Le pétrole qui est toujours encore très utilisé est cependant de moins en moins un pouvoir géopolitique protecteur. Non seulement plusieurs autres pays en produisent de plus en plus, mais d’autres sources d’énergie plus écologiques le remplacent tranquillement. Le deuxième de ces piliers, soit l’appui des États-Unis, devient de moins en moins pertinent en raison de la perte de pouvoir autant économique que politique de la dernière superpuissance mondiale.

Il ne reste donc vraiment que le pouvoir de l’argent, qu’il a fait jouer contre le Canada, petit pays faible, qui a été sonné et dont les dirigeants se perdent actuellement en bassesses et rampent jusqu’aux portes du royaume pour essayer de se faire pardonner et récupérer une partie des investissements qu’ils ont perdus.

Mais l’augmentation de la masse monétaire mondiale rend la fortune de l’Arabie Saoudite relativement de moins en moins importante, et les humanistes commencent à donner de la voix contre ce récidiviste et accumuler des appuis autour de la planète. Ceux-ci commencent d’ailleurs à comparer l’Arabie Saoudite à son ennemi juré, l’Iran, au niveau du respect des droits de l’homme, surtout dans la guerre au Yémen. Mohammed ben Salman aurait donc tout intérêt à calmer le jeu et trouver une bonne excuse pour libérer Raif Badawi, sa sœur et quelques autres militants des droits de l’homme dans son pays.

Michel Gourd, L’Ascension-de-Patapédia