Les morts inutiles

Chaque fois que j'allume la radio ou la télévision, que mon regard se pose sur un journal, que j'atterris sur un site journalistique, c'est Paris.
La couverture de l'événement est aussi démesurée que cet événement. Mais la couverture des attentats de Beyrouth, elle? Où sont les témoignages émouvants des compatriotes, des expatriés, des survivants, où sont les analyses des spécialistes et les lieux de recueillement?
J'appelle les journalistes, et particulièrement les chefs de pupitre et de rédaction, à un examen de conscience. Je les invite à reconnaître que l'objectivité journalistique est un mirage, qu'elle a été jetée aux orties, que les morts n'ont pas la même valeur. J'aimerais qu'il en soit autrement, qu'on puisse dire que les morts ne sont pas inutiles. Le fait que tout confirme le contraire ajoute à la peine que je ressens de la tragédie parisienne. La mort n'a pas d'origine géographique et son visage est sans couleur.
Gabriel Laverdière, Québec​