Bernard Drainville, lors de la présentation des orientations prévues pour la Charte des valeurs québécoises.

Le PQ doit tirer des leçons de la Charte

Sur le fond, la Charte des valeurs du PQ était légitime et juste, elle visait à séparer de manière stricte, la religion de l'État, à mettre toutes les religions sur un même pied d'égalité, tout en conservant le patrimoine historique religieux du Québec.
Sur le fond, cette charte était audacieuse, visionnaire, elle devait permettre un meilleur vivre-ensemble et, comme l'a souligné l'éminent sociologue Guy Rocher dans son mémoire sur le projet de loi 60, elle était «garante d'un long avenir dans la diversité».
Sur la forme cependant, le projet de charte a été mal présenté, mal défendu, de manière brusque et précipitée, à des fins électoralistes. La laïcité est une noble idée mais le problème est qu'on a confondu la laïcité, l'égalité des sexes et les termes flous de «valeurs québécoises», ce qui a contribué à brouiller les enjeux.
Entre les pros et les anti-charte, on a certes assisté à un débat intéressant mais qui a donné lieu à une vague d'insinuations, d'amalgames, de mesquineries, on s'est accusé à tort et travers, de racisme, de xénophobie, d'intolérance, d'intégrisme. La charte péquiste a été mal comprise, mal interprétée de part et d'autres et il faut bien avouer que tout ça a fini par diviser et agacer les Québécois à un bien mauvais moment, juste avant des élections, 18 mois après la crise étudiante.
Il ne faut peut-être pas s'étonner, dans ce contexte, que les Québécois aient élus par une si forte marge le Parti libéral qui, malgré l'usure du pouvoir et une image de parti corrompu, a réussi à se présenter, de manière simpliste et démagogique, comme le parti de la stabilité, de l'unité, de la tolérance, des «vraies affaires».
Les Québécois tiennent à la laïcité mais ils ne veulent pas qu'elle soit instrumentalisée à d'autres fins.
La cohésion sociale et l'intégration des immigrants au Québec passent d'abord par la francisation, par l'égalité des chances, par un projet collectif positif et rassembleur d'indépendance nationale, bien plus que par une croisade contre les symboles religieux.
Le Québec pourra mieux accueillir les immigrants quand il décidera enfin d'être un pays indépendant, maître de son avenir, quand il ne sera plus perpétuellement inquiet de perdre sa langue et sa culture. Les nouveaux arrivants eux, quand ils verront cette nation libre, fière, confiante, auront plus envie de devenir Québécois. Qui a envie de se joindre à un peuple dominé, complexé, inquiet, constamment sur la défensive ?
Yann Leduc, Montréal