Lorsque ce premier chapitre du niqab s'est écrit dans l'opinion publique, le mois dernier, LeDroit estimait que «le niqab n'a pas sa place dans la société canadienne, bien qu'au nom de la liberté de religion, il soit impossible de l'interdire par la loi». Cette position demeure.

Le niqab doit être interdit

Au nom du principe de tolérance, faut-il tolérer le niqab? C'est ce que pensent deux professeurs d'université dans un point de vue publié en date du 6 octobre. Les auteurs en arrivent à cette conclusion en se fondant sur les droits et libertés de la personne et le principe de tolérance. Au strict plan juridique, l'argument se tient : les chartes doivent protéger les minorités contre des abus possibles de la majorité.
Si cet important principe doit généralement s'appliquer, je ne crois pas cependant qu'il doive jouer dans le cas du port du niqab. À mon avis, nous sommes ici devant une situation d'exception, une situation métajuridique. Il s'agit du fondement même des relations sociales qui est en cause, à savoir qu'en Occident du moins, depuis des milliers d'années, ces relations se font à visage découvert.
Le visage découvert définit, en société, la personne comme personne, personne individuelle et sociale. Et c'est comme personne identifiable, visible par le visage, que vous pouvez bénéficier de droits et libertés. Si on regarde donc la question très particulière du niqab seulement par le biais du juridisme, on fait fausse route, du moins la route est fort incomplète. Il faut aller beaucoup plus loin, en profondeur. C'est pourquoi j'estime que le niqab ne devrait pas être porté en public; il ne doit être permis qu'en privé et dans les lieux de culte. Je crois que c'est ce traitement qui lui est conféré en France, patrie des droits de l'homme. 
Michel Lebel, ancien professeur de droits et libertés de la personne, UdeM et UQAM
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