Le français à la maison, l’anglais au travail

C’est la réalité quotidienne de tellement de Franco-Canadiens que ça mérite qu’on y réfléchisse.

Pour les francophones hors Québec, je ne leur apprends rien, c’est «business as usual», dans tous les sens qu’on veut bien donner à l’expression qu’il faut absolument citer dans sa langue d’origine pour lui donner tout son sens.

On pense qu’au Québec, on a été immunisés à la naissance contre le phénomène par un gouvernement revanchard qui a osé défier le «Rest of Canada» par une loi linguistique qui impose le français à l’école. Eh bien pas tout à fait. Montréal, une société distincte elle-même à l’intérieur du Québec, y fait toujours exception.

Mon neveu travaille pour Ubisoft à Montréal, ce fleuron français (comme dans Français de France!) de l’industrie du jeu vidéo. Il y travaille en anglais! Quand on voit le pouvoir d’attraction de l’anglais au travail atteindre même des entreprises françaises installées au Québec, on constate que la lutte pour éviter l’extinction du français est toujours d’actualité, même au Québec.

En ces moments difficiles pour l’ensemble de la francophonie canadienne, qu’elle soit du Québec, de l’Ontario ou d’ailleurs au Canada, je n’ai qu’une chose à dire à mes concitoyens linguistiques de tout le Canada : sortez votre français de la maison, utilisez-le et rendez-le vivant et normal dans votre milieu de travail. Et surtout, confirmez subtilement à vos interlocuteurs que vous appréciez qu’on l’utilise avec vous, même de manière imparfaite, lorsque vous êtes le client. C’est la seule façon de le rendre attrayant pour tous ces gens qui, comme ces Français de France d’Ubisoft, ne cherchent en fin de compte qu’à parler la langue des affaires et de l’argent.

André Verville, Lévis