Le cube blanc déraciné

En réaction au texte «Le cube blanc de retour au parc de l’Amérique-Française», paru le 8 mai

Mettre la sculpture de J.P. Raynaud en jachère (terre non cultivée temporairement pour permettre la reconstitution de la fertilité du sol… Ici le sol réfère à l’opinion d’un certain public). 

On parle d’une relation d’amour-haine avec le public. Je cite encore une fois un texte de Deleuze :

L’œuvre d’art n’est pas un instrument de communication.

L’œuvre d’art n’a rien à faire avec la communication.

L’œuvre d’art ne contient strictement pas la moindre information.

Il existe une affinité fondamentale entre l’œuvre d’art et la résistance.

Personnellement, j’aimais beaucoup cette création, je détournais mon parcours pour encore la reconnaître pour ce qu’elle m’offrait visuellement et pour cette subtile et osée intégration dans un milieu historique, ce corps vivant supportait comme nous une tête en mouvement, performance anthropomorphisme pour une œuvre totalement minimaliste… une œuvre si présente, si forte comme on en voit très peu méritait de poursuivre un questionnement aventurier pour ceux qui osaient risquer un vertige à travers de leurs critères d’évaluation d’une œuvre d’art.

Sans avoir la prétention de comparer une de mes réalisations publiques à cette œuvre, on m’a déjà offert de déménager deux de mes œuvres, j’ai demandé simplement de les détruire. L’œuvre de Raynaud ne peut renaître dans une autre forme, présentée dans une matérialité qui justement faisait référence à l’histoire européenne des œuvres d’art en marbre si présentes dans la mémoire des mondes, dans un site si différent et en ne respectant pas le calcul minimaliste de cet assemblage. Ce plagiat pourra peut-être remémorer tel un souvenir pour ceux qui auront aimé cette grande œuvre si forte faire référence pour ceux qui ont risqué leurs critères d’évaluation. Les promoteurs de ce projet affirment le malheureux mépris de la sculpture de Jean Pierre Raynaud, comme on le nomme.

Pierre Bourgault, Saint-Jean-Port-Joli