Emmanuel est la seule organisation qui favorise l'adoption d'enfants québécois ayant des besoins particuliers.

Le choix de l'adoption

Réaction aux articles sur l'adoption publiés lors du week-end du 16 mai
Maman adoptante de deux enfants, dont un présentant de grands défis d'adaptation et d'attachement, je me suis surprise plus d'une fois à justifier, par le fait de leur adoption, les besoins spéciaux de mes enfants et leurs comportements parfois différents. En fait, même si j'avais eu un enfant naturel, je n'aurais pu être à l'abri des surprises de la vie, qui sont souvent merveilleuses, mais parfois plus difficiles. Toutefois, sans la dépeindre comme pire en comparaison, il faut reconnaître le caractère spécifique de la parentalité adoptive, sa différence et sa réalité propre.
Oui, l'adoption est en quelque sorte une loterie ! Nous attendons des mois, des années. Nous vivons de multiples espoirs et plusieurs déceptions en espérant que notre tour arrive. Quand l'appel magique de notre jumelage à un enfant arrive enfin, nous avons le sentiment d'avoir gagné le gros lot. Oui, cette surprise tant attendue va parfois au-delà de ce que nous nous étions imaginé. La réalité d'un enfant adopté, ses défis et les soubresauts de cette nouvelle vie qui se dessine avec un enfant peuvent nous bouleverser. Le passé parfois peu ou pas connu de l'enfant, sa condition de santé, de même que ses besoins physiques, psychologiques et affectifs particuliers peuvent, malgré toute la préparation du monde, déconcerter. Les parents adoptants doivent donc être informés, sensibilisés et prêts à vivre cette aventure souvent faite de montagnes russes d'émotions et d'adaptation.
Le choix de l'adoption en est un du coeur, mais il doit aussi être fait de façon consciente, avisée et libre, sans pression aucune. Trop de parents pleins de bonnes intentions sont mal informés, mal préparés ou ont peur de voir leur dossier remis en dessous de la pile s'ils refusent la proposition d'un enfant qu'ils ne se sentent pas prêts à accueillir ou s'ils n'acceptent pas les conditions, quelquefois questionnables, qu'on exige d'eux.
Choisir l'adoption, c'est aussi choisir de vivre avec la normalité adoptive de nos enfants adoptés. Ces enfants, bien qu'ils aient des besoins plus ou moins grands selon leur bagage préadoption marqué par des ruptures et des conditions de vie diverses, sont aussi des citoyens du Québec en devenir qui méritent leur place dans la société, qui peuvent l'enrichir et contribuer positivement à son essor. Le manque de service et de soutien, la méconnaissance des véritables enjeux vécus en adoption, un congé parental plus court ne permettant le même niveau de présence des parents adoptants auprès de leur enfant nouvellement arrivé par rapport aux parents biologiques ainsi que le jugement porté sur les enfants adoptés et leurs parents, contribuent malheureusement à une incompréhension face aux familles adoptives, parfois même à leur isolement.
Les adoptions québécoises, qu'elles soient internationales ou locales, ne sont pas que teintées de noirceur... Elles sont toutes, chacune à leur manière, remplies de lumière et elles brillent d'un feu multicolore, imparfait, mais formidable, qui illumine le monde de beauté.
Annie Fillion, maman adoptante de deux enfants, Terrebonne