Laïcité et loi anti-tabac, même combat

La décision du Parti québécois d'interdire le port de signes religieux aux employés de l'État divise et certains se demandent, même s'ils y sont favorables, jusqu'où aller dans l'application de cette loi. Interdire le voile intégral peut sembler évident, mais que faire des signes moins choquants, tels un voile discret laissant visible le visage ou une croix? Retirer ou non le crucifix de l'Assemblée nationale? Est-ce une atteinte à une liberté fondamentale que de libérer l'espace public des signes, symboles et pratiques religieuses des employés?
La décision du Parti québécois d'interdire le port de signes religieux aux employés de l'État divise et certains se demandent, même s'ils y sont favorables, jusqu'où aller dans l'application de cette loi. Interdire le voile intégral peut sembler évident, mais que faire des signes moins choquants, tels un voile discret laissant visible le visage ou une croix? Retirer ou non le crucifix de l'Assemblée nationale? Est-ce une atteinte à une liberté fondamentale que de libérer l'espace public des signes, symboles et pratiques religieuses des employés?
Comparons ces épineuses questions à la loi antitabac qui a libéré l'espace public des fumeurs. Dorénavant, où que nous allions, dans les restaurants, les édifices gouvernementaux, etc., le non-fumeur ne risque plus sa santé par l'inconfort d'une épaisse fumée. Avons-nous brimé une liberté fondamentale des fumeurs? Bien sûr que non. Fumer est toujours légal au Québec. Il s'agit de le faire sans déranger les autres, à un endroit où le résidu toxique de cette dépendance n'affecte pas l'entourage. Disons-nous d'un fumeur récalcitrant, employé de l'État refusant de se plier à cette loi qu'il est exclu de son travail par le gouvernement? Qu'il a perdu son emploi et son revenu à cause d'une loi injuste et discriminatoire? Bien sûr que non. Il fait ça lui-même par dogmatisme et entêtement. La raison pour laquelle la loi antitabac a été bien accueillie est qu'elle est raisonnable et fait appel à l'intelligence des gens. Au travail, le fumeur compulsif a compris cela et utilise ses pauses et son heure de repas pour assouvir sa dépendance à l'extérieur.
Imaginons que cette loi aurait voulu ménager la chèvre et le chou. Elle aurait interdit le cigare et les cigarettes sans filtre mais aurait accepté les cigarettes dites, légères. Une telle loi, en plus d'ajouter une confusion au débat, n'aurait jamais pu être applicable. L'espace public est fumeur ou non-fumeur. Il ne peut être les deux à la fois. De la même manière, l'espace public sera laïque ou ne le sera pas. Le terme laïcité «ouverte» implique qu'il y a une laïcité fermée et c'est un non-sens. Il n'y a que la laïcité ou il n'y en a pas. On ne peut pas laver seulement la moitié du bain et affirmer qu'il est assez propre.
Pierre Charron, Lévis