Les familles des victimes se partageront l'argent du règlement, un petit montant si l'on considère que la tragédie a fait plus de 20 orphelins, fait valoir M. Michaud.

Lac-Mégantic: ce qui n'a pas encore été dit

Je suis retraité depuis 20 ans, après avoir passé la plus grande partie de ma vie active dans le domaine des assurances.
La couverture médiatique entourant les indemnisations aux victimes et les honoraires professionnels versés dans le cas de Lac Mégantic m'a fait un peu sourire tout en m'attristant. Un 7 avril, il y a plusieurs années, un incendie avait détruit de fond en comble un bâtiment historique appartenant à une communauté religieuse. Je venais tout juste d'être promu directeur provincial de notre compagnie, et, après Baie-Comeau, Trois-Rivières, Rimouski et Québec, j'étais bien résolu à montrer à ces Montréalais comment on réglait ça, nous, en région, une perte de quelques millions de dollars.
Le lendemain matin, ma photo apparaissait dans La Presse, devant les ruines encore fumantes du sinistre; je remettais de main à main un chèque à la personne responsable chez notre assuré. Dès 9h, mon téléphone a commencé à sonner. Mes compétiteurs m'accusaient d'avoir voulu faire de la petite politique, certains organismes de charité m'accusaient d'avoir fait avorter leur plan de campagne de levée de fonds et des confrères me soupçonnaient de déjà préparer ma prochaine promotion.
En fin de journée, mon président m'a appelé pour me réconforter. Il m'a expliqué que nous avions déjà déboursé des sommes très importantes lors de la perte du Titanic et, plus près de nous, lors de la reconstruction de la Ville de Rimouski, sans que jamais notre nom ne figure nulle part dans les journaux. Nous n'avions pas fait une «dépense», nous avions simplement livré la «marchandise», pour laquelle l'ensemble de nos assurés avaient contribué volontairement. J'en ai tiré une bonne leçon.
Je sais que plusieurs centaines de millions $ ont été versés par nos assureurs dans les jours qui ont suivi la tragédie du Lac Mégantic (incendie, perte de profits, frais de subsistances, etc.) Jamais il n'en a été fait mention dans les nouvelles. Évidemment, nous savons tous qu'une bonne nouvelle, ce n'est pas de la «nouvelle»... C'est quand même regrettable.
Jean-Guy Sirois
Québec