La tour de l’Hôtel-Dieu et l’Histoire

L’historien Jean-Marie Lebel, dans Québec 1608-2008, Les chroniques de la capitale, relate ceci :

1957 — en avril, le projet de construction du nouveau pavillon de l’Hôtel-Dieu inquiète certains citoyens. Des échevins se questionnent sur les «lignes du toit de l’édifice qui ne respecteraient pas le cachet du Vieux-Québec.»

1961 — Le pavillon d’Aiguillon de l’Hôtel-Dieu, appelé la «tour de l’Hôtel-Dieu», est construit. 1962 Le pavillon d’Aiguillon est inauguré à l’Hôtel-Dieu. Il comprend une tour de 14 étages.

Durant l’été, les écoliers en vacances, inspirés par les propos des adultes, chantent : «le prisonnier de la tour s’est tué ce matin, grand-mère, nous n’irons pas à la messe demain...»

2018 — Les 12 et 13 juin, le Soleil, à propos du rasage de six étages de la «tour» de l’Hôtel-Dieu et de «La réparation d’une erreur architecturale», notait l’appui de monsieur le maire Labeaume : «mais bon, il y a des époques, il y a des modes dans l’architecture... C’est quand même une excroissance. Il va y avoir pas mal de monde heureux à Québec». La technologie de notre époque devrait nous permettre d’encapsuler ces propos récents et de les conserver précieusement.

Durant l’été, les doigts habiles des écoliers en vacances, bien protégés sous leur armure ouatée qui leur recouvre aussi la tête, pitonnent sur des écrans, et explorent des univers éloignés de ceux de leurs parents...

2099 — Puis, quand notre siècle clignera de l’œil en saluant l’arrivée du prochain qui soulignera un 50e anniversaire en 3008... les propos tenus hier pourront être mis dans la bouche de monsieur le maire du moment lorsqu’il approuvera à son tour, le rasage de plusieurs étages, pas d’une tour, mais des quatre tours du projet actuel, Le Phare... d’une autre époque...

Durant l’été, les écoliers dans leur skylab-école, en revenant de leur classe lune, communiquent en pensée avec leurs parents qui batifolent dans l’interplanétaire, et chantent : «le pilote de la fusée s’est trompé de trajectoire, nous sommes en route vers Mars, ne serons pas au rase-étages demain...»

Louis Dallaire

Charlesbourg