La semaine d’un médecin paresseux

Cette semaine, je n’ai officiellement travaillé que quatre jours puisque j’ai facturé seulement de lundi à jeudi. Lundi et mardi, j’ai travaillé 10 heures par jour, mais ce n’est pas grave, ça va compter pour une seule journée parce qu’on est payés à l’acte et les heures travaillées ce n’est pas important.

Mercredi et jeudi, j’étais de garde. Mercredi j’ai commencé à 7h30 et j’ai fini à 19h. J’ai été réveillé trois fois dans la nuit pour des patients qui allaient moins bien, mais ça c’est considéré juste une journée normale. Jeudi, une petite journée, j’ai commencé à 8h et j’ai fini à 18h en terminant les formulaires plates à remplir pour les épargner à ma collègue qui prenait la garde pour la fin de semaine. Un seul appel en soirée et une nuit calme où j’ai pu dormir.

Aujourd’hui, vendredi, je suis au bureau et je passe ma journée à appeler des patients et des spécialistes pour régler des examens anormaux. Mais ça, ça ne compte pas comme une journée travaillée parce que je ne suis pas payé.

J’appelle la CNESST pour discuter d’un cas problématique et enfin aider ce pauvre patient à voir la lumière au bout du tunnel. Mais ça, ça ne compte pas parce que je ne suis pas payé. De toute manière, la personne qui s’occupe de son dossier ne travaille pas les vendredis.

Au total, environ 50 à 55h de travail sans considérer la garde sur appel 24h/24 mercredi et jeudi. Par contre, officiellement, cette semaine je n’ai travaillé que quatre jours. Selon les statistiques, c’est de ma faute si le système de santé est en péril. Cette semaine, je n’ai travaillé que quatre jours.

Selon le Journal de Québec, 48 % des omnipraticiens travaillent «quatre jours ou moins», mais je vous mets au défi de me traiter moi ou quelque autre médecin de paresseux et de nous lancer des pierres...

Dr Alexandre Ouellet, omnipraticien «paresseux» #jetravaille4jours, Berthier-sur-Mer