La maternelle quatre ans pour tous

Je suis une grand-maman retraitée de la fonction publique québécoise jadis responsable du développement des maternelles quatre ans en milieu défavorisé au ministère de l’Éducation, après avoir participé pendant deux ans à une expérience pilote d’implantation d’une maternelle quatre ans à la commission scolaire de Trois-Rivières.

Au Québec, deux ans après cette expérience pilote, les maternelles quatre ans ont été déployées dès 1978 dans les milieux défavorisés. Ce devait être une première étape. Malgré les résultats très positifs des évaluations qui ont été menées, il nous a fallu attendre jusqu’à cette année avant qu’un gouvernement annonce enfin son intention d’en faire profiter tous les enfants du Québec.

Après les premières années de développement, les gouvernements ont cessé de soutenir le déploiement de ce réseau. Les Commissions scolaires qui offraient le service ont maintenu tant bien que mal les maternelles quatre ans déjà en place et exclusivement en milieu défavorisé. Ensuite, heureusement, est venu le développement des services de garde (SDG) puis la création des centres de la petite enfance (CPE) et l’on connaît la suite.

À la faveur de ce déploiement de services à la petite enfance, on a malheureusement perdu de vue la nécessité d’un réseau de maternelles quatre ans et de son apport à une scolarisation mieux réussie de la jeunesse québécoise. On a perdu de vue la nécessité de revenir aux causes profondes de nos piètres résultats en terme de décrochage scolaire et de notre taux honteux d’enfants mal adaptés aux exigences de l’apprentissage.

Je me suis réjouie de l’engagement actuel du gouvernement de mettre en place des maternelles quatre ans pour tous. Je perçois cet engagement comme un rattrapage longtemps bienvenu. Et cela en observant que de nombreux autres pays y sont arrivés depuis fort longtemps. Pour rappel, il y a quelques mois en France, on annonçait l’obligation pour tous les petits Français de fréquenter les maternelles… trois ans.

Tous les pays qui ont implanté les maternelles quatre ans et même trois ans ont tous également des services de garde diversifiés et performants. Au Québec, l’opposition s’alimente de comparaisons qui n’ont pas lieu d’être en confondant les bénéfices des services de garde à ceux d’une intégration plus précoce au système scolaire. Ces deux services doivent être offerts.

Aujourd’hui, je suis l’heureuse grand-mère de six petits-enfants (entre onze ans et deux ans). Les cinq premiers ont eu accès à des services de garde de première qualité. Le plus âgé a pu fréquenter une maternelle quatre ans en milieu anglophone. C’est un privilège qu’il a eu, les autres pas. J’espère, pour le petit dernier, que l’accès à la maternelle quatre ans lui sera offert. Il sera prêt. Comme l’auraient été les autres.

Y a-t-il encore quelqu’un au Québec qui doute que les enfants de quatre ans ne sont pas prêts à relever des défis d’apprentissage plus exigeants, des activités plus enrichissantes au plan intellectuel et cela dans un milieu stimulé par les plus grands qu’est l’école?

Pour une plus grande complémentarité entre les deux services, il s’agirait de revoir le programme des CPE en conformité avec le programme des maternelles quatre ans. Un exercice relativement facile. Il serait aussi possible de développer des ententes avec les CPE pour faciliter la transition vers les maternelles quatre ans. Les éducatrices responsables des enfants de quatre ans dans les services de garde pourraient avoir la priorité d’accès aux postes d’enseignants aux conditions de s’engager à suivre, au besoin, des cours de perfectionnement à l’université pour obtenir les diplômes nécessaires. Rien de bien original à cette idée: c’est ainsi que le Québec a développé son réseau de maternelles cinq ans dans les années 70.

Les CPE ne perdraient rien: les places libérées par les enfants de quatre ans pourraient être offertes aux plus jeunes, ce qui permettrait une plus grande fréquentation des services.

Et pour ceux qui ont un peu de mémoire: souvenez-vous avec quelle résistance avait été accueillie l’implantation des maternelles cinq ans. Et pourtant!