La finance à l'école

Ainsi donc, l'éducation financière sera prochainement enseignée à l'école secondaire. Pas l'économie, cette science humaine et sociale prenant appui sur des théories politiques, mais l'éducation à la finance personnelle, à l'épargne et aux placements.
Tant qu'à modifier le cursus scolaire, j'aurais jubilé de voir la création d'un cours d'éducation à la citoyenneté. Car faisons cet aveu collectif : notre littératie politique décline. La démocratie, pour plusieurs, se résume à un geste posé tous les quatre ans. Une formation de base à la politique et à la pensée critique serait probablement un début de rempart contre bien des phénomènes observables ces années-ci : ressentiment collectif envers la politique, désintérêt pour l'engagement citoyen et sensibilité accrue aux extrémismes, qui apparaissent si «réconfortants» quand un sentiment d'impuissance s'empare des jeunes. 
Apprendre aux jeunes à poser un regard critique sur la société nous prémunirait peut-être contre le populisme, triomphant chez nos voisins états-uniens. Mais voilà que le gouvernement Couillard choisit la voie du savoir utilitaire, celui qui forme de futurs contribuables silencieux. À qui profiteront les nouvelles compétences financières de ces futurs adultes? Aux banques et à leurs amis. À tout ce qui concourt à maintenir une société capitaliste individualiste dépourvue de pensée critique. 
Nos jeunes seront mieux outillés pour éviter l'endettement et les arnaques financières, me direz-vous. Soit, mais ne serait-il pas préférable qu'ils soient outillés pour penser, pour faire des choix qui leur éviteront peut-être le mirage de la consommation à outrance, donc de l'endettement? Vivement une école qui façonne des citoyennes et citoyens plutôt que de bons consommateurs.
Martine B. Côté, Québec