La dictée, occasion d’apprentissage

Parce que le niveau de lecture des écoliers français s’effondre, le ministre de l’Éducation nationale impose une dictée quotidienne! Qu’est-ce que je ne comprends pas? Quel lien le ministre fait-il entre le niveau de lecture et la dictée?

Cette affreuse bourde me fait tout de même penser que la dictée a bien mauvaise presse ces dernières années. Doit-on l’utiliser de façon systématique si on veut que les élèves apprennent à écrire et à réfléchir quand ils brandissent le crayon pour s’exprimer?

La dictée est un outil d’apprentissage des mécanismes de la langue et une occasion signifiante d’apprentissage si les conditions pour y arriver sont favorables. D’abord, l’enseignant doit croire fermement à son utilité et doit aussi avoir une intention claire qu’il se doit de transmettre aux élèves. Les jeunes ont besoin de signifiance, d’un contexte, de comprendre «pourquoi» on fait telle ou telle chose.

Cette condition favorise particulièrement la perception qu’a l’élève de la valeur qu’il accorde à l’activité. Ainsi, plus une activité est signifiante, plus l’élève la juge intéressante et utile. Pourquoi ne pas leur donner l’occasion de choisir un texte qu’ils aiment et qu’ils souhaiteraient donner en dictée? De toutes sortes de manières, il faut mettre les élèves dans le coup pour les motiver.

Le ministre français parle d’imposer une dictée quotidienne. Sait-il seulement pourquoi? Pour avoir travaillé pendant 34 ans avec des élèves en difficulté, j’ai appris que la répétition d’une même activité, jour après jour, peut être une source de démobilisation pour l’élève en raison de son caractère routinier. Par contre, si l’élève sait que la dictée est une activité qui lui servira à transférer ses apprentissages pour réussir une situation d’évaluation en écriture, il sera plus à même de constater la valeur de celle-ci.

En fait, il est important d’éviter le plus possible que l’élève ait le sentiment de devoir accomplir un travail qui ne présente de l’intérêt que pour son professeur et qui n’est utile qu’à des fins d’évaluation. La dictée, oui, mais encore faut-il savoir pourquoi on l’utilise. 

Marlène Gagnon, Québec