«Notre travail est d'appuyer le gouvernement dans son objectif d'éliminer le déficit», estime Régis Labeaume.

Je vous aimais, Monsieur Labeaume

Monsieur Labeaume, je vous aimais, je vous défendais, je vous adulais, à en rendre mon chum jaloux presque... jusqu'à ce que vous débarquiez dans ma cour.
Monsieur Labeaume, je vous aimais, je vous défendais, je vous adulais, à en rendre mon chum jaloux presque... jusqu'à ce que vous débarquiez dans ma cour.
En lisant l'article de mardi dernier à propos de la frustration des citoyens de Sillery qui réclament plus de concertation face aux développements domiciliaires près de leurs demeures, je me suis sentie très empathique à leur cause. Il y a six ans, j'ai choisi la ville de Québec comme voisine et depuis deux mois, alors que ses employés réaménagent le terrain vacant qui bordait ma demeure, je fais les frais de leurs erreurs, de leur manque d'écoute, de leur suffisance et de leur arrogance. J'ai vu des gens dépenser mon argent et le vôtre en se moquant complètement des besoins et de l'opinion des résidents, une attitude qui soulèverait l'indignation de n'importe quel individu qui se respecte un tant soit peu.
Aujourd'hui, j'ai peine à me souvenir de ce paysage que nous chérissions. Une trentaine d'arbres matures ont fait place à un mur de béton de près de 20 pieds que les jeunes traversent de l'intérieur, au péril de leur vie. Aujourd'hui, ce qui aurait dû servir d'aire de villégiature pour les nombreuses familles des environs a été asphalté pour un soi-disant stationnement qui sert en fait de skatepark, d'aire de flânage et de zone de dérapage 22 heures par jour. Aujourd'hui, les nombreuses poussettes, bicyclettes et fauteuils motorisés qui circulaient chaque jour près de la maison doivent enjamber les chaînes de trottoirs et les arrangements floraux pour avoir accès au parc. Nous avions prévu tout cela, Monsieur Labeaume et nous vous avions prévenu. Mais vous semblez flotter, avec vos architectes, sur une planète très artistique pourtant déconnectée de la réalité.
Nous avons enduré les secousses des camions de 7h à 16h30, la poussière qui oblige à fermer les fenêtres en pleine canicule, la musique des travailleurs pendant la sieste de bébé, votre dépotoir de terre comme seul paysage printanier et les travailleurs qui circulent sans gêne sur notre terrain pour venir s'abreuver dans notre arrosoir. Nous avons enduré tout cela car nous ne sommes pas contre le développement.
Nous ne sommes pas contre le développement, Monsieur Labeaume, nous sommes pour un développement intelligent. Nous ne sommes pas l'ennemi, nous sommes vos yeux, vos électeurs. Nous ne sommes pas irrationnels, nous sommes sur le terrain. Ce n'est pas votre argent, Monsieur Labeaume, c'est le nôtre!
Aujourd'hui, d'immenses lampadaires bordent notre cour arrière, et déversent leur lumière jusque dans la chambre du bébé. Alors que les travaux d'asphaltage sont terminés depuis trois semaines, nous regardons par la fenêtre chaque matin en espérant voir apparaître ces quatre arbres que nous tentons désespérément de faire grandir. Aujourd'hui, nous n'avons qu'une envie, c'est de vendre ce rêve que nous avons bâti de nos mains. Mais nous avons quatre enfants. Allons-nous leur imposer un nouveau quartier, une nouvelle école, le stress d'un déménagement, de nouveaux amis? Bien sûr que non. Mais je ne vous aimerai plus monsieur Labeaume, je ne vous défendrai plus et je ne vous adulerai plus. Écoutez-nous avant que tout le Québec ne fasse comme moi!
Annick Bouchard, résidente de Saint-Émile