Je n’irai pas voter...

Pour la première fois de ma vie d’adulte, je n’irai pas voter le 1er octobre. Pour une raison fort simple : une cataracte à l’évolution foudroyante pour laquelle j’attends depuis quatre mois d’être opéré m’a rendu à moitié aveugle. Je n’ai pas les moyens de m’offrir le taxi pour le bureau de scrutin et je serais incapable de lire le nom des candidats sur le bulletin de vote. Alors, mes chers politiciens, pérorez et débattez tant que vous voulez, cette fois, ce sera sans moi.

Il m’est arrivé dans le passé de prendre la défense de notre système de santé contre ceux qui l’attaquaient trop agressivement. Ça, c’était avant que je me heurte à mon tour à son incroyable insensibilité et à sa lourdeur de mammouth congelé.

À ce qu’on m’a dit, l’opération de la cataracte se fait en une quinzaine de minutes. Quelle absurdité d’attendre un an pour une opération de quinze minutes! Mais peut-être n’aurais-je pas à attendre aussi longtemps. Étant donné ma demi-cécité, il y a de bonnes chances que je me fasse frapper par une auto ou que je me rompe le cou dans un escalier avant l’expiration de ce délai. Elle est bien sans cœur et brouillonne la société qui laisse les gens sombrer dans un pareil état.

Vous aurez deviné que si je ne peux payer le taxi pour aller voter, je ne peux pas payer non plus les 7500$ qu’il me faudrait débourser pour une opération au privé. Vous aurez deviné aussi que ce n’est pas moi qui ai tapé ce message.

Pierre Breton
Sainte-Marie

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MA MÈRE, 88 ANS, SANS MÉDECIN

Ma mère a 88 ans et comme bien des personnes de son âge, elle a des problèmes de santé récurrents qui nécessitent un suivi régulier de la part d’un médecin. Or, il y a bientôt deux ans, son médecin de famille est décédé et aucun médecin de la clinique qu’elle fréquente n’a pris en charge son dossier. Elle s’est donc inscrite au guichet d’accès à un médecin de famille et a reçu un message à l’effet que le délai d’attente pour une personne dont l’état de santé est comparable au sien est de 266 jours à compter de la date d’inscription initiale.

J’ai la chance de pouvoir bénéficier d’un médecin de famille et je lui ai proposé de prendre en charge le dossier de ma mère. Elle a évidemment refusé. Je lui ai ensuite proposé d’abandonner mon dossier au profit de celui de ma mère et elle a encore une fois refusé, sans plus d’explications.

Je peux comprendre que les médecins ont une charge de travail importante et qu’ils ne peuvent accepter constamment de nouveaux patients. Je me questionne toutefois sur les critères d’attribution des patients aux médecins lorsqu’une place se libère. Dois-je comprendre que l’âge et l’état de santé ne sont pas des facteurs importants?

Jocelyn Tardif
L’Ancienne-Lorette