Je ne suis pas naïve

Non, je ne suis pas naïve.

Il y aura toujours, malheureusement, des Rosalie.

On ne pourra jamais endiguer totalement l’horreur, l’innommable. Mais on peut choisir dans quel État on veut vivre. Un État où le bien commun est une valeur fondamentale. Ou pas.

Je ne suis pas naïve.

Il y aura toujours des Rosalie.

Mais on peut choisir de ne pas détourner le regard, de s’occuper de notre monde, d’investir dans les services aux femmes, aux parents, aux enfants.

On peut choisir de ne pas tourner le dos afin de ne pas voir à quel point les ressources manquent, que les intervenants sont à bout de souffle. On peut choisir de mettre l’État au service des gens. On peut opter pour l’entraide, la compassion.

Ou pas. Parce que c’est ben plate d’être obligé de regarder la misère et la détresse drette dans les yeux.

On peut aussi ne penser qu’à notre bien. Ma maison, mes impôts, mon chien. Mon nombril. Les personnes âgées qui manquent de soins? Bah, tant que j’ai les moyens de payer pour placer mes parents dans un mouroir de luxe, bof. Les écoles aux murs envahis de champignons et aux profs qui veulent mais ne peuvent? Bah, tant que moi je peux envoyer ma fille dans une école privée où elle aura droit au meilleur de tout, bof.

Heille, on travaille assez fort pour se payer ça! Pis avec les impôts qu’on paie, tsé…

Alors oui, on peut tout. Car on choisit la société dans laquelle on veut vivre.

Des Rosalie aux mamans fuckées, aux papas absents, à l’entourage déficient ou impuissant, il y en aura toujours.

Je ne suis pas naïve.

Et plus on fera des trous dans notre filet social, plus on se gargarisera d’austérité pour mieux investir dans le béton, plus on voudra sabrer dans l’État en le traitant de monstre inefficace et coûteux, plus il y aura des Rosalie.

Nathaly Dufour, Lévis