Investir dans le logement social

Le gouvernement Trudeau réfléchit encore à la manière de faire atterrir sa Stratégie canadienne sur le logement. Le 22 novembre dernier, il a promis 40 milliards $ en 10 ans, dont une trentaine proviendront de ses propres coffres. Il a aussi annoncé une multitude de Fonds et d’initiatives à travers lesquels il prévoit notamment soutenir la construction de logements privés dits «abordables» durant 10 ans.

Au FRAPRU, nous ne croyons pas que le financement de logements privés à but lucratif permettra d’atteindre les objectifs de la Stratégie. Nous demandons à Ottawa de choisir plutôt le logement social, sans ambiguïté ni tergiversation. Certes, le fédéral devra verser des subventions pour permettre la construction de nouveaux ensembles coopératifs et sans but lucratif d’habitation, mais il aura l’assurance que tous ces fonds publics serviront à fournir des logements décents à des loyers rencontrant la capacité de payer des ménages actuellement mal logés.

Selon le dernier recensement, 457 340 ménages locataires du Québec doivent consacrer plus de la norme de 30 % de leur revenu au loyer. À Québec, leur revenu médian est de 20 209 $. Pour qu’il soit véritablement abordable, leur loyer devrait avoisiner 505 $ par mois. Des milliers de personnes, particulièrement des familles et des personnes âgées, peinent à trouver sur le marché privé des logements qui répondent à leurs besoins. Il y a un manque criant de grands logements et de logements adaptés abordables.

Selon nous, les logements abordables produits par le secteur privé ne le sont pas pour ces ménages à faible et à modeste revenus. Les constructions récentes de logements privés contribuent à la hausse du loyer dans le voisinage, en induisant une hausse de la valeur des propriétés environnantes, incluant celles qui n’ont même pas été rénovées.

Nous demandons donc au gouvernement Trudeau d’avoir les ménages à faible revenu en tête au moment où il finit l’élaboration des programmes qui doivent préciser comment seront dépensées les sommes annoncées dans la Stratégie canadienne sur le logement.  Pour que le droit au logement — qu’il s’est engagé à garantir — soit enfin respecté, elles doivent essentiellement soutenir le développement de nouveaux logements sociaux et permettre, avec les investissements du gouvernement québécois, d’en réaliser au moins 50 000 en 5 ans, dans l’ensemble du Québec.  Ottawa doit également assurer la pérennité des logements sociaux réalisés avec des fonds fédéraux, avant le retrait de 1994.

Véronique Laflamme, porte-parole, et Marie-José Corriveau, coordonnatrice, Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)