Instituer une charte de la laïcité - Ce que vous en pensez (4)

Pour une nouvelle charte des droits et libertés civiques
Pour une nouvelle charte des droits et libertés civiques
Les mémoires du Barreau du Québec et de la Commission des droits de la personne, déposés dans le cadre du débat en commission parlementaire sur la charte des valeurs laïques québécoises, m'ont convaincu que les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés empêchent le Québec d'évoluer socialement et politiquement. Les Chartes sont devenues des freins au développement des droits et libertés civiques communs à tous les citoyens. Elles servent de prétexte pour faire le chantage de pseudo «droits fondamentaux» reliés au port de vêtements religieux, notamment le foulard islamique (hijab), symbole le plus médiatisé dans le débat actuel. En effet, l'interprétation en terme de «droits fondamentaux reliés au port de vêtements», m'apparaît abusive, voire déconnectée de la réalité sociologique du Québec d'aujourd'hui. Cette interprétation du Barreau et de la Commission des droits de la personne rendra caduque la réalité sur le terrain, les principes d'égalité homme femme et de laïcité des services publics. Tout se passe comme si les chartes étaient devenues le rempart du fondamentalisme religieux, consacrant ainsi un recul de 50 ans pour les droits civiques au Québec, notamment l'égalité homme femme et la neutralité de l'État.
Par ailleurs, dans leur interprétation des chartes, les juristes n'ont pas tort, puisque de nombreux jugements de la Cour suprême du Canada ont déjà permis l'implantation de droits religieux individuels, interprétés comme étant «des droits fondamentaux», comme le port du poignard sikh (kirpan) à l'école. Dans le même esprit, il est fort probable que le hijab soit considéré comme étant un «droit fondamental vestimentaire religieux». Même en adoptant une clause de droits acquis, permettant, par exemple, aux femmes déjà employées de l'État de conserver le foulard islamique, la charte des valeurs laïques québécoises sera contestée jusqu'en Cour suprême. Bien sûr, le gouvernement du Québec pourra invoquer la clause nonobstant pour ne pas appliquer une éventuelle décision de la Cour suprême sur son territoire, mais le problème de fond demeurera entier. C'est pourquoi le gouvernement québécois devrait évaluer à long terme la possibilité d'adopter une charte des droits et libertés civiques qui représenterait à la fois les droits collectifs des Québécois et la charte québécoise des droits et libertés. Cette nouvelle Charte servirait de référence à tous les accommodements raisonnables et éviterait, par exemple, le dérapage actuel sur le port du tchador dans les fonctions de l'État.
Les principes d'égalité homme femme et de laïcité font partie de l'héritage collectif laissé par nos parents et grands-parents, et ce, pour la protection de nos enfants relativement à l'endoctrinement religieux abusif. Nous avons le devoir comme citoyens de préserver pour nos filles et nos fils des valeurs d'égalité entre êtres humains, ce qu'aucune religion ne peut garantir. Mieux vaut prévenir que guérir, d'où l'importance du débat actuel, afin d'éviter les dérapages qu'ont subis de nombreux pays européens échouant dans leurs politiques d'intégration des minorités religieuses, et tombant dans le piège du «respect des droits du fondamentalisme religieux».
Jean Baillargeon, expert-conseil en communication stratégique et gestion d'enjeux
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L'ignorance, maîtresse des divisions
Gandhi exprimait que la colère et l'intolérance sont les ennemis d'une bonne compréhension. En effet, dans la pensée bouddhiste le plus important est de vivre en harmonie avec l'Univers. Les dieux sont secondaires. Dans le modèle judéo-chrétien, c'est exactement le contraire, la suprématie de Dieu domine encore que l'on ne puisse prouver son existence. C'est au sein des lois de la nature que l'homme peut obtenir les connaissances justes pour guider ces pas. Malheureusement, il préfère ignorer l'importance de la réalité pour mettre sa confiance en des promesses illusoires. La religion n'est jamais parvenue à l'unification des valeurs humaines. En condamnant la science, elle s'est privée du seul moyen d'y parvenir.
Jean-Paul Déziel, Saint-Étienne-de-Lauzon
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La vraie charte
Depuis qu'on a entendu parler d'une Charte des valeurs québécoises, les médias d'information n'ont cessé de nous parler de plusieurs groupes qui différaient d'avis sur l'une ou l'autre des clauses que devrait comporter la  Charte proposée. On a tout de suite compris qu'il y aurait du grabuge et que l'amour du prochain ne serait pas inscrit dans le texte final des valeurs québécoises. C'est dommage parce que cette Nouvelle Année ne sera porteuse de Paix et de Joie que si chacun de nous veut bien placer l'amour du prochain dans la vraie Charte, celle que quelqu'un est venu nous proposer il y a plus de 2000 ans et qui devrait faire partie  des valeurs personnelles de chacun de nous. Qu'en pensez-vous?
Jean-Marie Brochu, ptre, St-Lambert-de-Lauzon
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L'exclusion des non voilés
Ceux qui ont de l'expérience en ressources humaines savent que les candidats les plus compétents pour un emploi ne sont pas nécessairement choisis. Certains facteurs jouent, dont le racisme et les préjugés. Comme l'employeur a toujours une certaine discrétion, comment prouver qu'on a été rejeté par racisme au profit d'un candidat de moindre qualité? Qui aura la réaction de se battre pour s'imposer chez un employeur qui l'aura rejeté? Or, l'exercice inutile dans lequel le gouvernement péquiste nous a engagés avec sa charte des valeurs aura marqué la religion musulmane au Québec pour très longtemps. Même si une musulmane ne porte pas le voile, l'employeur se posera la question si, un beau matin, après avoir travaillé assez longtemps pour ne plus être considérée en période d'essai, elle ne se décide à revêtir le voile, soit en disant qu'elle est revenue à une pratique fidèle de sa religion soit qu'elle se soit mariée avec un conjoint qui tient au voile. L'employeur visé, qui peut simplement être un contractant d'organismes publics, aurait alors la tâche ingrate d'affronter l'employée jusqu'au congédiement et peut-être aussi devant les tribunaux. La prudence l'amènera donc à rejeter sa candidature dès le départ. Pourtant ce gouvernement ne se cache pas du fait qu'il s'attaque à un droit fondamental de cette catégorie de citoyen, mais il allègue le faire pour une cause juste, pour la neutralité. Donc on s'attaque aux pratiquants de certaines grandes religions au nom de la neutralité. Cherchez l'erreur.
Jeannot Vachon, Québec