La commission parlementaire sur le projet de charte.

Instituer une charte de la laïcité - Ce que vous en pensez (3)

Je n'ai rien contre, mais...
Je n'ai rien contre, mais...
Je n'ai rien contre la religion, ne vous méprenez pas, mais je dis que la religion ne doit pas être présente partout. On peut la pratiquer, on peut vouloir montrer à quelle religion on appartient, mais que ce soit dans notre quotidien personnel. Je trouve que la charte n'est pas assez sévère. Tous les signes religieux, incluant les signes catholiques, devraient être interdits partout sauf à la maison ou dans un lieu de culte. Ils n'ont pas leur place ailleurs. Tu veux pratiquer ta religion, alors pratique-la dans ta vie privée, mais ne l'impose pas aux autres.
Sylvie Tremblay, St-Augustin-de-Desmaures
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Résister au fondamentalisme
Il y a peu de temps, les Québécois furent choqués par la décision de la Cour suprême du Canada d'avoir accordé à un sikh le droit de ne pas se soumettre au costume de la Gendarmerie royale pour qu'il puisse porter son turban et ainsi respecter sa religion, car non seulement par cette décision la Cour suprême ne respectait pas le principe du costume, qui est d'uniformiser l'officier ou l'employé à l'institution qu'il dessert, mais elle permettait au sikh d'imposer son fondamentalisme à ladite institution.
Le fondamentalisme n'est pas l'imposition d'une religion par une quelconque autorité (le parent, le professeur, l'imam ou le prêtre), mais la réduction de la religion ou de la morale (ou tout autre phénomène spirituel) à une de ses manifestations. Ainsi, soutenir qu'il n'existe qu'une seule langue pour prier Dieu (l'hébreu, le latin), qu'une façon de se vêtir pour exprimer la pudeur (alors qu'au Québec la pudeur n'a pas besoin d'un vêtement spécifique pour se manifester) ou qu'une façon d'exprimer sa foi ou sa religion en portant un symbole sont des exemples de fondamentalisme.
Les opposants à la charte des valeurs promulguée par le gouvernement du Québec soutiennent que si les employés de l'État doivent se départir de leur symbole religieux, cela reviendrait à se départir d'une partie de leur identité. N'est-il pas pitoyable de réduire son identité ou même une partie de son identité à un symbole? Ne sommes-nous pas plus que le symbole que nous arborons? Ce faisant, ces personnes se réduisent et nuisent à la religion, voire à leur religion. Si nous devons éviter de réduire une personne à ses actes pour éviter de la dévaluer, comme lorsque nous disons qu'elle n'est qu'une voleuse, ne devrions-nous pas a fortiori éviter de la réduire à un simple symbole?
C'est manifestement mécomprendre le principe du symbole et dévaluer la personne humaine. Un symbole n'est jamais ce qu'il représente, mais le représentant de la chose. Le jonc au doigt n'est pas le mariage, mais ce qui représente le mariage. Confondre les deux est le principe même du fondamentalisme.
Si une personne peut accepter de se soumettre au fondamentalisme, comme certaines personnes acceptent de se soumettre au dénigrement volontaire en pratiquant le masochisme, et que personne ne peut le leur interdire, le gouvernement n'est aucunement obligé d'accepter et d'institutionnaliser ce principe à titre d'employeur. L'accepter et l'institutionnaliser seraient même une erreur et une atteinte à la modernité de notre État. L'État peut donc en toute légitimité obliger ses employés à ne pas arborer de symboles religieux ostentatoires lorsqu'ils représentent l'État, comme il le fait déjà pour d'autres signes, tels que les symboles à valeur politique. Voulons-nous que l'État québécois se plie au fondamentalisme comme l'État canadien a su si bien le faire?
Jean-Yves Dubé, Québec
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Signe religieux et intégrisme
Le fait de porter un signe religieux ne fait pas de ceux qui en portent des intégristes. Cependant, si l'État demande à ses fonctionnaires de retirer leur signe religieux pour travailler dans la fonction publique, le refus d'y donner suite, lui, témoigne que l'on pratique sa religion à la façon des intégristes. Si le fait de ne pas porter de signe religieux ne garantit pas la neutralité d'un individu, le fait de refuser de l'enlever la garantit encore moins.
Gisèle Filion, Montréal
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Un ministre et son tutoiement...
Ça pas d'allure! Tu t'imagines, voici que c'est maintenant le Barreau du Québec qui dit que mon projet de charte des valeurs va à l'encontre de la Charte des droits et libertés du Québec! Mais fais-toi z'en pas, il n'y a rien là, on va modifier cette Charte par un simple vote à l'Assemblée, pour qu'elle soit conforme à nos valeurs québécoises! Je te le dis, c'est aussi simple que cela... comme changer un article du code la sécurité routière! Pas besoin d'une clause dérogatoire! Les tribunaux vont accepter ça, ils n'auront pas le choix! Ensuite on ira se battre contre Ottawa et les valeurs canadiennes insérées dans la m... Charte à Trudeau! Et s'il le faut, on fera des élections pour défendre nos valeurs à nous! Je pastiche ainsi le ministre Drainville et son ineffable tutoiement. Lui qui veut tant que le débat reste toujours serein et respectueux...
Michel Lebel, Entrelacs
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Ostenta... quoi?
La Commission parlementaire sur la Charte commençait ses travaux mardi. Immédiatement après l'allocution d'ouverture du ministre Drainville, le député Tanguay, pour asseoir la position du PLQ (en existe-t-il une?), fait appel aux «grands» noms qui se sont prononcés contre ladite Charte, dont celui de l'abbé Raymond Gravel qui aurait dit qu'il n'enlèvera pas la croix de sa boutonnière.
La référence à l'abbé Gravel est pour le moins étrange. D'abord, l'abbé Gravel ne porte pas une croix ostentatoire, et, à ce que je sache, il n'aspire pas à travailler de sitôt dans le secteur public et parapublic québécois. Sur la rue ou dans ses contacts sociaux, l'abbé peut donc porter les signes et ornements qu'il veut, comme peuvent et pourront le faire l'ensemble des citoyennes et citoyens d'ici.
Durant tout son mandat, le député bloquiste Gravel n'a toujours arboré que sa discrète croix qu'on peut difficilement qualifier d'ostentatoire, contrairement au député au large turban bleu très souvent placé derrière Harper. Au sortir de ses responsabilités politiques, le prêtre Gravel a repris ses activités sacerdotales; il revêt même, en certaines circonstances, le col romain.
Ne serait-on pas ici devant un cas où, pour accomplir un travail déterminé, une personne ne manifeste pas ostensiblement ses convictions et son appartenance religieuses, et renonce à tout prosélytisme? N'est-ce pas précisément cela que l'actuel projet de Charte veut établir: durant la prestation des services destinés à l'ensemble de la population québécoise, la personne en poste s'abstient d'arborer tout signe d'appartenance religieuse trop évident ou ostentatoire?
Normand Breault, Montréal
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Marois et Drainville sont-ils des marchands de vote?
Le projet de charte de la laïcité proposé par le gouvemement québécois n'a jamais autant exacerbé les opinions, attisé les émotions et provoqué les dérapages au sein des familles, des amis, des voisins, des collègues, et ce, dans tous les recoins du Québec. Avait-on besoin d"une nouvelle polarisation qui alourdit le débat plutôt que l'éclairer? Pourquoi ce débat aujourd'hui? Quelles sont nos priorités?
Je ne cesse de m'interroger sur cette précipitation du gouvernement Marois à vouloir légiférer sur la laïcité en regard de la prestation des services publics gouvemementaux. Y a-t-il urgence sociale?
J'aurais souhaité jeter un coup d'oeil sur les études, sondages ou autres documents qui ont amené le ministre Drainville à déposer son projet de loi. J'aurais souhaité connaître le nombre de situations problématiques d'accommodements déraisonnables. J'aurais aimé savoir jusqu'à quel point ces cas problèmes qui ont fait la manchette relevaient d'une situation bien réelle ou s'ils n'étaient que médiatisés à outrance. Par exemple, combien de femmes portent la burka, le niqab, le tchador, le hijab ou le foulard au travail dans les services publics gouvemementaux québécois? Combien d'entre elles sont mariées, sont musulmanes, sont québécoises, sont volontaires? Dans quels territoires québécois se concentrent ces cas? Les Québécois ont-ils inconsciemment peur des musulmans? Des faits naît le droit. En l'absence de ces éléments, je ne peux qu'entretenir un doute quant à l'objectif réel visé par le gouvemement péquiste et la tenue d'une commission parlementaire n'a rien pour me rassurer. Elle risque de n'être qu'une nouvelle version plus spectaculaire de la Commission Bouchard-Taylor. Devons-nous croire que cette démarche du Parti québécois n'est en fait qu"une stratégie politique pour acheter des votes?
Michel C. Chabot, Québec
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