La commission parlementaire sur le projet de charte.

Instituer une charte de la laïcité - Ce que vous en pensez (2)

Si le ridicule tuait...
Si le ridicule tuait...
Ainsi, selon les libéraux, une enseignante qui voudrait travailler avec un tchador devrait demander un accommodement raisonnable, même s'il est certain que ledit accommodement lui serait refusé. J'aimerais poser la question suivante à Marc Tanguay, le porte-parole libéral en matière de laïcité, et à Philippe Couillard, le chef du Parti libéral: «À quoi bon offrir de demander un accommodement raisonnable à un citoyen s'il est certain qu'il lui sera refusé?» N'est-ce pas se payer la tête du citoyen en question, lui faire perdre son temps, sans oublier celui des fonctionnaires appliquant les lois et les règlements? Si le ridicule tuait, les libéraux seraient morts depuis le début des discussions autour de la Charte.
Sylvio Le Blanc, Montréal
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Réjean Parent et la charte : pas fort!
Réjean Parent, l'ex-président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), a présenté son mémoire à la Commission sur la charte de la laïcité. Bien sûr, il a droit à ses opinions personnelles, mais, à titre d'ex-dirigeant de syndicat, il devrait se garder une petite gêne. Il a déclaré: «Ce n'est pas un droit fondamental de porter un signe religieux pendant les heures de travail.» Selon cette interprétation, un droit fondamental devrait s'exercer en dehors des heures de travail!
Autre citation de M. Parent: «À partir du moment où on pose des exigences, je dis que les employés de l'État devront se soumettre à ces exigences-là avec les conséquences qui peuvent s'ensuivre (...) et s'ils ne veulent pas suivre les règles, bien jusqu'à un certain point, c'est eux autres qui se congédient ou qui s'excluent.» D'un point de vue syndical, on a un gouvernement et/ou un employeur qui instaure des règles qui affectent un droit fondamental du syndiqué et qui mèneraient à son congédiement, et le syndicat répondrait qu'ils n'avaient qu'à se soumettre?
Quelques syndicalistes actifs ont adopté la même position que Réjean Parent. Ils auront une méchante surprise car ils seront aussi poursuivis par leurs syndiqués congédiés puisque la loi les oblige à défendre leurs employés contre les attaques de l'employeur. Verrait-on un avocat condamner à l'avance son client?
Ces syndicalistes agissent comme des chauvins de leur propre ethnie, hostiles aux cultures étrangères.
Jeannot Vachon, Québec
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La position du Barreau du Québec: décevante!
Dans le conflit entre la Charte des droits et libertés, qui porte sur les droits individuels, et la Charte des valeurs québécoises, qui porte sur les droits collectifs, la position qui voudrait que l'une l'emporte, en disqualifiant complètement l'autre, est une position qui offense le sens commun. Les droits individuels doivent-ils avoir cours sans aucun égard pour les droits collectifs? Et vice-versa. N'y a-t-il pas des droits collectifs qui devraient être pris en compte quelque part dans l'équation?
Restreindre un droit dans la sphère étatique, pour mieux vivre ensemble, ce n'est pas annihiler ce droit, c'est lui donner une juste place. Le devoir d'afficher la neutralité religieuse dans la fonction publique n'attente pas plus à la liberté de religion que le devoir d'afficher la neutralité politique n'attente à la liberté d'expression. Pourquoi en ce domaine la religion bénéficierait-elle d'un statut particulier? Parce que c'est la religion?
Le problème sous-jacent à ce conflit vient du fait que la Charte des droits et libertés traite la liberté de religion de façon privilégiée par rapport à toutes les autres options spirituelles, politiques, philosophiques, etc. Or l'option de la laïcité suppose que l'on traite la religion au même titre que toutes les autres options spirituelles, politiques, philosophiques, etc.
La question qui nous est posée ici, c'est: voulons-nous continuer à donner une place prépondérante à la religion dans nos Chartes ou la traiter comme toutes les autres options spirituelles?
Et la réponse devrait-elle venir du Barreau du Québec? Et en fonction de la Charte des droits et libertés individuelles seulement?
Gisèle Filion, Montréal
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Égalité et équité
Peut-être que le terme «athée» ne convient pas à une majorité de Québécois, mais nous pouvons mettre dans ce groupe la majorité des non-pratiquants catholiques. Avant même l'arrivée du projet de la charte des valeurs, je m'inquiétais de la perte des droits pour les non-pratiquants. Si la tendance se maintient, nous, les athées, aurons moins de recours pour défendre nos droits. Un accommodement raisonnable devrait être contraint par le principe de l'égalité pour tous. Par exemple, s'il n'y a aucune disposition dans les règlements pour que je choisisse un homme ou une femme pour passer mon test de permis à SAAQ, alors personne ne peut le demander, même pour des motifs religieux. C'est simple et sans ambiguïté. La religion ne peut pas être un moyen d'avoir plus de privilèges que tout autre citoyen. L'égalité homme-femme est un droit fondamental et l'équité l'est tout autant.
Alain Côté, Québec
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